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La filière bois au défi
de la REP
La Responsabilité élargie du producteur pour les produits et matériaux de construction du bâtiment (REP PMCB) devait être une grande avancée : organiser la reprise des déchets de chantier, favoriser le réemploi et le recyclage des matériaux, lutter contre les dépôts sauvages. Sur le papier, l’ambition est louable. Dans la réalité, c’est une autre histoire. Mais depuis des mois, la filière bois exprime son inquiétude. Non pas par refus du principe, mais parce que le dispositif actuel frappe durement un matériau qui devrait être encouragé. Écocontributions « disproportionnées » selon de nombreux acteurs du secteur, barèmes mal calibrés, maillage de collecte encore insuffisant : le bois, pourtant biosourcé et renouvelable, se retrouve pénalisé là où d’autres matériaux échappent à une partie de l’effort.
Les organisations professionnelles ne cessent d’alerter. Pour la Fédération française du bâtiment, la situation est devenue « intenable pour les artisans et entrepreneurs du bâtiment ». Elle souligne que les services attendus – une reprise sans frais ou un maillage territorial fiable – ne sont pas assurés, alors que les contributions financières pèsent déjà lourdement sur les entreprises. De son côté, la Fédération nationale du bois dénonce une incohérence flagrante. Selon elle, les barèmes actuels « mettent en péril la compétitivité du bois »,au point que certaines entreprises envisagent de se retirer des éco-organismes. Comment justifier qu’un matériau renouvelable, stockeur de carbone et largement réemployé soit plus taxé que l’acier ou le béton ? Pour la FNB, il faut d’urgence « rééquilibrer
la filière » pour éviter une distorsion de concurrence et préserver l’avenir de nos scieries et transformateurs.
Face à cette grogne, un moratoire a été annoncé et une concertation relancée. C’est une chance à saisir, car il ne s’agit pas de sortir du dispositif, mais de l’améliorer. Oui, la REP doit exister. Oui, nous devons organiser la fin de vie des produits du bâtiment, renforcer le tri et le recyclage. Mais elle doit le faire avec intelligence, en reconnaissant les atouts de chaque matériau et en récompensant les plus vertueux.
Adèle Cazir
