BOISmag 226
Un budget raboté
S’il a mis du temps à être voté, le budget 2025 – qui a finalement vu le jour au tournant du mois de février – met à mal les professionnels de la forêt et du bois, avec une coupe drastique des crédits gouvernementaux. De 509 millions d’euros en 2024, l’enveloppe budgétaire ne s’élève plus qu’à 228 millions d’euros pour cette nouvelle année, amputant sévèrement les ressources dédiées à la gestion durable des forêts, à la prévention des incendies ou au soutien des massifs d’outre-mer.
Une coupe budgétaire aux allures de non-sens dans un contexte d’urgence climatique, fortement contestée de toutes parts. Du côté des parlementaires, une alliance inédite mêlant gauche et droite appelle à revoir ce vote qui met en péril l’avenir de nos forêts. Onze députés ont ainsi déposé un recours devant le Conseil constitutionnel, invoquant des « entorses constitutionnelles » dans le processus de promulgation du budget. La Cour des comptes pointe également du doigt les « failles » d’une politique forestière qui peine à prendre en compte les enjeux environnementaux. Du côté des instances de la filière, l’Office national des forêts (ONF), déjà en difficulté avec des effectifs en baisse depuis plusieurs années et des missions toujours plus nombreuses, ne masque pas son inquiétude : la réduction de son budget et la suppression annoncée de 95 postes pour 2025 n’augurent rien de bon pour l’avenir !
Face à ces contestations, le gouvernement tente de défendre sa copie en mettant en avant des financements ciblés : 47,1 millions d’euros pour l’industrialisation des produits bois, 25 millions pour le programme Biomasse chaleur, et 135 millions pour le renouvellement des forêts. Des montants loin de compenser la perte globale, avec une enveloppe en baisse de 55 % !
Plus qu’une simple ligne sur une feuille de comptes, la filière forêt-bois est à la croisée de plusieurs enjeux essentiels pour l’avenir du pays. Puits de carbone, rempart contre l’érosion des sols, refuge pour la biodiversité, levier de la transition écologique, pilier économique majeur pour nos territoires avec de nombreux emplois non délocalisables... ses atouts sont nombreux et indiscutables. Si des voix s’élèvent contre un PLF au rabais, il est encore temps d’inverser la tendance, de proposer des amendements, voire un projet de loi rectificatif, pour enfin accorder aux forêts le budget qu’elles méritent.
Adèle Cazier
