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Un marché des terrasses euphoriques sur fond de prix hauts d’approvisionnements chaotiques

 

Les ventes de terrasses bois et dérivés flambent en France. Plus de 16  millions de m² de terrasses ont été vendus en 2021, contre 9,4 millions en 2017, indique Le Commerce du Bois dans l’étude « Terrasse bois et dérivés 2017 à 2021 » de Jean-Marc Mornas, publiée en janvier. Le potentiel est évalué à 25 millions en 2025. Les solutions thermochauffées, le bambou et les bois composites progressent au détriment des traitements chimiques et des bois exotiques. Mais tout n’est pas rose, entre explosion des prix, fret maritime sous tension et guerre en Ukraine qui coupe les importations de bois russes.

 Par Hubert Vialatte

Les terrasses bois poursuivent leur percée spectaculaire, comme le détaille l’étude de Jean-Marc Mornas. Une tendance alimentée par une envie d’amélioration de l’habitat avec l’épargne constituée pendant le Covid-19, par un goût accru des Français pour les espaces extérieurs et par une législation de plus en plus incitative pour l’utilisation de matériaux biosourcés, bois en tête. «En 2021, notre CA a progressé sur la terrasse bois de 40%, ce qui est énorme, confie Jean-Baptiste Fortin, directeur commercial France de Silvadec (bois composite). Cela nous a même déstabilisés. La demande est très forte, beaucoup plus que nos prévisions les plus optimistes. » La PME s’organise, en augmentant la capacité de production de 35% pour 2022. De gros investissements sont en cours, pour l’acquisition de nouvelles machines, et 23 recrutements à la clé (sur 120 personnes). «La terrasse, en plein essor, est perçue comme une nouvelle pièce à vivre. On remarque un attrait pour les matériaux locaux et naturels », confirme Thibault Chastagnier (Ducerf Groupe, bois feuillus). Pour l’importateur Guillemette&Cie, l’augmentation de volumes en 2021 est de 30%.

Les terrasses bois gagnent-elles pour autant des parts de marché sur les autres matériaux ? A priori, non. «Chaque catégorie évolue peu l’une par rapport à l’autre, décrypte Pierre Beccaria, responsable du marché terrasse et aménagements extérieurs chez Dispano. Les lames de terrasses bois ne perdent pas de terrain sur le minéral. »

“La terrasse, en plein essor, est perçue comme une nouvelle pièce à vivre” 

Thibault Chastagnier dirigeant de Ducerf Groupe

Les bois du Nord et exotiques ont été difficiles à obtenir en 2021. « Il y a eu des ventes, mais des difficultés d’approvisionnement », résume Frédéric Doucet, directeur commercial de FP Bois – Rabopale. La PME a trouvé une parade. «Nous avons pu développer des ventes sur le pin maritime avec des longueurs de lames de 2,5 m, alors que les lames de bois du Nord mesurent 4 m. Si le marché est tendu à nouveau sur le pin sylvestre, comme on peut le craindre, on envisage de proposer à nouveau des pins maritimes cette année. Quand on a du mal à trouver des grandes longueurs, le pin maritime est une bonne alternative, et les prix sont plus raisonnables, avec moins de stop and go que sur les bois du Nord. »

2022 : la double incertitude du prix et de la disponibilité 

Les perspectives 2022 restent « très bonnes », selon Olivier Kaufman, gérant de Terrasse Nature et administrateur de l’UICB, en charge du pôle terrasse bois. «Aujourd’hui encore, les particuliers investissent dans leur intérieur, dépensent pour les artisans, dans leur intérieur et leur maison. La croissance est bonne, la demande est forte, et sature les carnets de commandes. » Avec quelques bémols cependant. Tout d’abord, « les gens attendent de voir ce qui va se passer au niveau de la conjoncture internationale. Le particulier ou l’acheteur final dépense un peu moins. Les visites en magasin sont moins importantes », confie Hicham Chine, responsable achats pour l’Afrique et l’Amérique du Sud et responsable commercial France et export de Denderwood & DDW Hardwoods (importateurs de bois durs tropicaux).

De plus, « les gens ont beaucoup bricolé pendant deux ans. Je pense que le marché va décliner un peu, pour se rapprocher du niveau de 2019 », anticipe Claudie Maindron, directrice commerciale de Protac et présidente de la commission Terrasses Bois de LCB. Autres éléments d’incertitudes, la disponibilité des produits, rendue aléatoire par la forte demande, des conditions de transport « épouvantables » (Olivier Kaufman), qui allongent les délais, et l’inflation. «On n’est pas certains de la disponibilité des bois sur les prochains mois, relève Frédéric Doucet. Et il y a un impact direct de la guerre en Ukraine sur les prix, avec une inflation immédiate, de 150 €/m3 en un mois, des bois finlandais et suédois. » Alors que les importateurs de bois russes se tournent vers les bois scandinaves, les prix flambent donc de plus belle, sur fond d’augmentation des coûts de l’énergie qui impacte les transports. « 2022 sera ternie par la guerre et l’inflation, analyse Claudie Maindron. Nous espérons un réajustement des prix. Nous le disons à nos fournisseurs, mais aujourd’hui, ils restent fermes. »

“Les gens ont beaucoup bricolé pendant deux ans. Je pense que le marché va décliner un peu, pour se rapprocher du niveau de 2019”

Claudie Maindron, directrice commerciale de Protac et présidente de la commission Terrasses Bois de LCB

Le Covid et la guerre en Ukraine perturbent les approvisionnements

Des accessoires, comme l’inox ou l’aluminium, sont impactés par le conflit en Ukraine. «Beaucoup d’aluminium vient de Russie, et le nickel, utilisé pour les fixations inox, vient d’Ukraine. Cela crée des tensions sur les volumes, avec des prix qui s’envolent, décrit Jean-Baptiste Fortin. Sur l’aluminium, on a une augmentation de 60% depuis début janvier. C’est du jamais vu. À notre niveau de PME, aucune action n’est possible sur les prix, on ne peut pas les prévoir. Quand on passe des commandes, on ne connaît le prix qu’à la livraison. Cela nous conduit à augmenter nos tarifs graduellement. On l’a fait en 2021 (10%), on continue en 2022. » Autre conséquence du conflit armé, un report du mélèze, répandu en terrasse et très largement importé de Russie, sur le douglas est observé. «À ce jour, les bois d’origine russe ne peuvent plus être achetés certifiés FSC ou PEFC, car ils sont considérés comme ‘bois de conflit’. Cela entraîne donc un arrêt complet des approvisionnements, à présent issus de sources controversées, par les distributeurs qui exigent ces certifications dans leur politique d’achat, tels que Dispano », ajoute Pierre Beccaria. Résultat: une nouvelle augmentation des prix en 2022. Les résineux « voient leur prix progresser de 40 et 50%, et celui des bois exotiques de 50% en un an», évalue Fabrice Laudet (Grosjean), implanté en région parisienne. Alors que la demande explose, notamment aux États-Unis, « la production a diminué en même temps au Brésil, en Asie, en Suède…  

“ la production a diminué en même temps au Brésil, en Asie, en Suède…. Beaucoup de gens ont été malades”

  Emmanuel Guillemette, président du conseil d’administration de Guillemette & Cie

Beaucoup de gens ont été malades », rappelle Emmanuel Guillemette (Guillemette&Cie). Sans oublier un fret maritime chaotique–depuis l’Asie, « le coût du container est passé de 1 500 dollars à 17 000 dollars, voire plus, précise Hicham Chine. De fait, les prix des bois exotiques ont augmenté de 60 à 70%». L’ipé, essence reine des bois exotiques, est devenu trop cher pour bon nombre de bourses : de 45 € /m2 il y a deux ans pour la section standard, le prix est passé à 110  € /m2   ! «Au final, on arrive à environ 300 € /m2 . Soit, pour une terrasse de 100  m2 , un budget de 30 000  €…», s’exclame Emmanuel Guillemette. «L’ipé, devenu hors de prix, sort des gros marchés des collectivités ou du tertiaire », confirme Fabrice Laudet. D’autres essences exotiques de classe 4, qui étaient peu vendues, « sont à nouveau rentrées  : Merbau, Bilinga, Kempas, Tali », égrène Hicham Chine. «Les prix des bois exotiques d’Asie vont rester stables, voire légèrement aller à la hausse, selon l’évolution du taux de change. Quid de ceux d’Amérique du Sud ? La demande semble se tasser. Les producteurs vont-ils recalibrer leurs prix à la baisse sur la 2e partie de l’année ? », questionne-t-il. Emmanuel Guillemette, également consul honoraire du Brésil, voit un avenir pour les bois exotiques… « jusqu’au jour où, peut-être, des dirigeants européens décideront de ne plus importer de bois tropicaux équatoriaux. 

Mais 60% des bois exportés du Brésil sont certifiés FSC. Le Brésil a fait des efforts considérables pour la certification». À ce stade, des essences tropicales comme le cumaru, moins cher d’environ 30%, en profitent, tout comme des bois français haut de gamme, le composite ou le bambou – toujours largement minoritaires en volume. « Nos produits à âme pleine, haut de gamme – coextrusion ou monoextrusion – sont valorisants sur les applications lames de terrasse, avec une qualité et une durabilité. On ne fait pas prendre de risques techniques à nos clients professionnels », assure Pierre Beccaria.

“ L’Ipé, devenu hors de prix, sort des gros marchés des collectivités ou du tertiaire”

Fabrice Laudet, (Grosjean).

Avec les prix hauts, le secteur peut aussi investir et innover

 Selon Emmanuel Guillemette, « le bois atteint des niveaux de prix qui correspondent à sa valeur ». Et ce renchérissement des prix a du bon, car il permet aux acteurs d’investir et d’innover davantage. « Jusqu’à présent, le marché de la terrasse était dominé par les résineux, illustre Frédéric Doucet. Le produit est devenu plus cher depuis deux ans. Cela justifie l’arrivée de traitements innovants et plus coûteux, qui peuvent désormais passer. L’offre s’est sensiblement développée vers des traitements innovants : produits traités thermiquement. Il y a un élargissement de l’éventail de solutions pour le sol. On sent une diversification, un intérêt sur la multiplication de solutions autres que la simple terrasse 27-145. Je reçois des demandes sur des dimensions différentes et de profils différents. » Dans cette logique d’innovation, beaucoup d’industriels commencent à prévoir des constructions mixtes, qui permettent d’utiliser tous les matériaux. Le modèle constructif de terrasse peut ainsi être associé à une structure métallique. «Certains projets voient le jour en 2022, et permettent de trouver d’autres débouchés pour la terrasse bois, projette Claudie Maindron. La lame de terrasse peut ainsi s’inscrire dans ces modèles constructifs, dans une logique industrielle, pour des balcons de logements collectifs par exemple. Ce sont là de nouveaux marchés. Et plus le bois sera plébiscité, plus on en parlera, plus on en vendra ! »

Tendance aux essences naturellement résistantes 

« Le bois composite, le bambou et les solutions thermotraitées prennent des parts de marché sur la chimie autoclave classe 4 et les bois exotiques bruts», résume Pierre Beccaria. Le marché évolue vers des bois de plus en plus naturellement résistants à l’extérieur–douglas ou mélèze en résineux–, moins traités chimiquement, s’accordent à dire les professionnels interviewés par BoisMag. «Il se produit une mutation dans la terrasse bois. On observe un développement des solutions thermochauffées pour les frênes et les pins. La demande va vers des produits qui ont subi moins de traitements chimiques. C’est ce que recherchent les particuliers et prescripteurs (tertiaire, hôtellerie, restauration)», explique Pierre Beccaria. «Les essences thermochauffées peuvent rencontrer leur public, mais attention à la résistance mécanique. Elle peut être altérée par le chauffage, qui peut fragiliser le bois», prévient Olivier Kaufman.

Autre évolution sensible, la recherche de certifications, FSC et PEFC (organismes certificateurs mondiaux), devenues très importantes pour contrôler l’origine du bois (forêts durablement gérées) et garantir une traçabilité. «Cette évolution est soutenue par le gouvernement et les marchés publics », relate Fabrice Laudet. Les produits résineux proposent des profils   « généralement lisses ou à double peignes. Le bois composite permet plus de couleurs et de reliefs », commente Pierre Beccaria. Un bois composite « est en pleine progression, selon Olivier Kaufman. Il présente des avantages en termes d’entretien et de régularité de la couleur. Le bois composite de qualité est haut de gamme, aussi cher que les essences exotiques ». «Les lames composites sont constituées de produits recyclés, avec des performances très intéressantes, et une garantie de 25 ans. Et on travaille en euros», renchérit Frédéric Doucet, alors que Rabopale a signé un accord avec UPM (groupe scieur finlandais et papetier) pour distribuer des lames composites allemandes en France, aux côtés de CIBM et Henry Timber. 

La poussée du bambou 

Une conscience écologique se répand chez les consommateurs. Ce qui rend le bambou–un graminé, et non pas un bois–de plus en plus attractif. Le bambou devient une alternative crédible aux essences exotiques assimilées à l’exploitation des forêts primaires en Amazonie. D’autant plus que les bambous couleur caramel ressemblent ainsi aux bois exotiques. Le fait que le bambou soit une ressource inépuisable, et que ses prix soient maîtrisés, sont des points positifs. «Le bambou pousse en trois ans dans des conditions phénoménales, avec un excellent bilan carbone. Et ses caractéristiques mécaniques sont très intéressantes », relève Frédéric Doucet. «C’est un produit avec une bonne durabilité, garanti de 25 ans (délivré par la marque Moso) dans certains critères, d’une très grande résistance extérieure, avec un engagement environnemental certain et une certification FSC», résume Emmanuel Guillemette. Les produits à base de bambous évoluent, avec une industrialisation pour obtenir des lames de terrasses. «D’abord marron très foncé, on arrive à constituer aujourd’hui des lames plus claires. Une nouvelle gamme depuis quelques mois, tirant vers une teinte chocolat, correspond davantage à la demande des clients particuliers. » «En 2021, nous avons enregistré 300 000 m2 de terrasses sur le marché français, et tablons sur 350 000 m2 cette année », compare Jean-Pascal Costa, directeur commercial de Moso (produits à base de bambous) pour la France et l’Israël. Le bambou présente «des caractéristiques de stabilité, de classement au feu, de dureté. C’est une matière qui se renouvelle toute seule, et est certifiée par plus de dix normes européennes. Aucune lame de terrasse n’est autant normée ! »

“ Le bois composite permet plus de couleurs et de reliefs que les produits résineux” 

 

Pierre Beccaria, responsable du marché terrasse et aménagements extérieurs chez Dispano.

Pour rendre plus visible ce matériau, Moso commence à travailler avec des architectes de renom, pour l’introduire par exemple sur le toit de la Grande Arche de la Défense, dans les halls 6 et 7 du Parc Expo de la Porte de Versailles à Paris, sur les terrasses de la tour Saint-Gobain ou celles des Tours Duo de Jean Nouvel, ou encore au siège social de Lacoste ou d’Orange.

«Ces projets emblématiques nous permettent de communiquer. Un gros travail de prescription est réalisé depuis une dizaine d’années. » Situées, au niveau tarifaire, entre les bois exotiques et les résineux traités autoclaves, les lames de terrasse en bambou se commercialisent entre 70 et 80  € /m2 . «C’est de plus en plus accessible aux particuliers. » Une gamme de point de Hongrie est lancée en 2022. «Nous avons besoin de nous renouveler. Cela permet de communiquer, d’avoir une visibilité différente », complète Jean-Pascal Costa. 

Pour la première fois, Moso sera présent en tant que marque en juin au Carrefour du Bois. «Pouvoir y avoir un stand, c’est une reconnaissance du marché ! La gamme prend de la profondeur : carrelets, tasseaux, panneaux de marche, séparations dans les jardins, lames bombées et lames avec profils anti-dérapants…»

Cela dit, la situation sanitaire en Chine, avec des reconfinements intempestifs et stricts, y compris dans les ports, rend aléatoires les réceptions de containers. Les chênes et châtaigniers restent des essences minoritaires, « qui nécessitent une pose soignée et drainante, pour assurer une durabilité acceptable », souligne Olivier Kaufman. Dans les feuillus, Ducerf Groupe constate cependant un plébiscite pour le frêne, «une essence locale, notamment appréciée pour sa couleur brunie conférée par le traitement naturel par haute température », dépeint Thibault Chastagnier. La PME lance un profil lame bombée pour les terrasses, pour favoriser l’écoulement de l’eau et réduire la glissance. En matière de coloris,  « il y a un retour toujours plus fort au naturel, avec des couleurs claires, des finitions qui font un effet naturel, illustre Jean-Baptiste Fortin. Nos couleurs qui marchent bien : brun clair, gris clair. Cela change des années précédentes, où le gris anthracite était dominant ».  Chez Protac, le traitement bronze marron augmente. Protac détient trois autoclaves, dont une pouvait servir à faire du vert et bronze. «Cette année, on l’a passée en marron exclusivement. Le marron est une teinte plébiscitée par le marché, proche  de l’exotique et du bois», constate Claudie Maindron. Autre tendance : le douglas en rose (lames de terrasse galbées bois de France), pour rappeler le douglas dans sa couleur d’origine.

“Il y a un retour toujours plus fort au naturel, avec des couleurs claires, des finitions qui font un effet naturel”

Jean-Baptiste Fortin, directeur commercial France de Silvadec (bois composite)

Pose : respect impératif du DTU

«Le platelage bois reste une activité sinistrogène, alerte Olivier Kaufman. Pourtant, moyennant le respect de règles très simples, on peut réaliser des terrasses de qualité, en respectant le DTU, sans chercher à innover, dans le respect des bonnes pratiques, pour minimiser les risques. »

 ”Cette année, on l’a passée en marron exclusivement. Le marron est une teinte plébiscitée par le marché, proche de l’exotique et du bois”

  Claudie Maindron, directrice commerciale de Protac et présidente de la commission Terrasses Bois de LCB

D’après lui, la sinistralité est encore « trop importante : lames qui se déforment et se déchaussent car fixées avec des clips, bois qui sont mal mis en œuvre, en contact avec le sol et qui pourrissent, finitions approximatives, bois avec des fentes et des gerces, déformations, terrasses posées n’importe comment…» L’UICB, qui compte 300 adhérents, communique régulièrement sur les bonnes pratiques. «Mieux vaut ne pas trop innover, et rester sur des techniques de poses traditionnelles, décrites dans le DTU 51.4 (platelages extérieurs en bois). La pose traditionnelle, avec des vis inox, est économique et fiable. La pose avec des clips invisibles est souvent à l’origine de sinistres, car ces clips n’ont souvent pas la résistance mécanique suffisante pour bien tenir le bois, surtout les bois durs. » «Les points de vigilance restent la ventilation et le retraitement des coupes, enchaîne Claudie Maindron. S’il y a une bonne ventilation, il n’y a pas de dégradation prématurée.» «Les terrasses sont des produits de plus en plus intéressants, avec une prise en compte accrue des normes, des labels, des systèmes constructifs…, analyse Fabrice Laudet.

 ”On peut fixer le bois composite sur la structure en bois massif ou aluminium. Les planches qu’on fabrique sont garanties 25 ans. La fixation alu apporte une durabilité au moins équivalente au platelage”

 Jean-Baptiste Fortin, directeur commercial France de Silvadec (bois composite)

 Les gens sont très sensibles à la pose, grâce aux définitions normatives. Certains poseurs ne sont pas toujours au fait, mais cela évolue vite. Avec l’accessibilité aux normes, l’engagement des poseurs se fait de mieux en mieux. Je vois moins de litiges. C’est aussi le fruit de notre travail : on rappelle, suite à des litiges, où aller chercher l’information sur l’Afnor, et l’importance à accorder à des points singuliers. Le travail commence à payer, le savoir tourne, et on nous demande de l’information.» Évolution notable, l’émergence de plots sur lesquels est posée la lambourde, avec un système de vissage par le dessous,  pour éviter les vis apparentes sur le dessus de la terrasse. Trois exemples de nouveautés en matière de pose : – Silvadec a développé un concept de lambourde aluminium, avec des accessoires permettant une pose facile (connecteurs, équerres, vis).

 «On peut fixer le bois composite sur la structure en bois massif ou aluminium. Les planches qu’on fabrique sont garanties 25 ans. La fixation alu apporte une durabilité au moins équivalente au platelage », assure Jean-Baptiste Fortin. – Avec le clip B-Fix, Ducerf Groupe propose, sur le haut de gamme, une fixation invisible, pour une finition impeccable et un rendu esthétique moderne.

«Ce type de fixation permet aussi de gagner du temps au moment de la mise en œuvre», se félicite Thibault Chastagnier. Mais, comme en région parisienne, «les fixations visibles restent majoritaires, à 80% », évalue Fabrice Laudet. – Pour les terrasses bambou, FP Bois Rabopale propose un clip avec profil asymétrique, pour une pose plus rapide. «Avant, le clip était posé, et il fallait le revisser. À présent, on pose directement, et on emboîte une lame derrière. Grad Concept propose une pose avec un système de crémaillère et de clip invisible, pour les essences dures (pas les résineux) », décrit Frédéric Doucet. Détail qui a son importance  : «Les essences thermochauffées et les bois composites sont exclus du DTU-51.4, rappelle Claudie Maindron. En cas de litige, il n’y pas d’avis technique opposable pour un artisan. »

 Il n’y a rien de mieux qu’une lame lisse : les rainures antidérapantes ne sont pas toujours efficaces !  


Olivier Kaufman, gérant de Terrasse Nature et administrateur de l’UICB, en charge du pôle terrasse bois.

Glissance : forte demande des collectivités et du tertiaire 

La demande des collectivités et du secteur tertiaire est importante en matière de systèmes contre la glissance sur les terrasses bois. « Les inserts antidérapants avec de la résine epoxy, qu’on usine et qu’on coule dans la lame, sont une réponse durable dans le temps », déclare Fabrice Laudet. Selon Olivier Kaufman, « il n’y a rien de mieux qu’une lame lisse : les rainures antidérapantes ne sont pas toujours efficaces  ! L’eau stagne dans les rainures, les mousses et les saletés s’y développent, avec des bois encrassés, difficiles à nettoyer, et qui deviennent glissants du fait de l’accumulation de mousse. Sur le pin traité, on trouve des lames légèrement bombées, qui favorisent le drainage. »

 

Avant de rappeler un fondamental  : « Pour limiter la glissance, il faut bien nettoyer les lames de terrasses, une ou deux fois par an, pour enlever la couche de saleté qui pourrait se déposer. Un entretien régulier assure une adhérence suffisante et convenable. »

«Vous ne glissez pas sur du bois notamment sec et sans eau stagnante. Les ponts de bateau, depuis des siècles, sont faits en bois et notamment en teck et on n’y glisse pas, ajoute Hicham Chine. On glisse sur un corps étranger (eau, mousse, etc). Par exemple, un bon rapport entre épaisseur et largeur évitera le tuilage et la stagnation d’eau. Certains profils comme les terrasses bombées évitent que l’eau stagne. Si le bois est stable, exempt de corps étranger et sec, il n’y a pas de phénomène de glissement. » Pour les terrasses qui reçoivent du public (entreprises, esplanades, escaliers…), le marché propose des lames de terrasses avec des antidérapants intégrés en usine quand le projet n’existe pas encore, ou, quand la terrasse existe déjà, avec un profilé en aluminium doté d’un revêtement antidérapant. « C’est un gros marché  : les terrasses qui reçoivent du public doivent être dotées de systèmes antidérapants, vu la judiciarisation accrue de la vie civile », observe-t-il.

Aménagements paysagers : des innovations pour élargir l’offre

 Ducerf Groupe propose, en matière d’aménagements extérieurs autres que la terrasse, des traverses paysagères couramment utilisées pour réaliser par exemple des marches d’escalier, murs de retenue de talus. FP Bois Rabopale a ajouté à son offre des lames de bambous, utilisées en mural, pour des clôtures ou des bardages, avec un système d’emboîtement dans un poteau aluminium. 

«C’est une nouveauté 2022. Le bambou commence à plaire sur le marché », se félicite Frédéric Doucet. Silvadec réalise, de son côté, beaucoup de clôtures, avec des panneaux en bois composite et des panneaux en aluminium. On le voit  : malgré les hausses de prix et les difficultés d’approvisionnement, le contexte reste très porteur pour les terrasses bois. « Le marché du bricolage se développe énormément, conclut Claudie Maindron. La terrasse bois se pose facilement, ne nécessite pas beaucoup d’outils, et est facilement adaptable à tous types de terrain. C’est pour cela que c’est une solution très intéressante pour le bricoleur de pouvoir mettre une terrasse chez lui. Il n’est pas obligé de bétonner le sol. La terrasse bois est une bonne option pour garder le drainage des sols, ce qui est demandé par le Grenelle de l’Environnement. »

Les ventes des terrasses bois augmentent de 34% depuis 2019

 Les ventes des terrasses bois et dérivés progressent en flèche. Plus de 16  millions de m² de terrasses ont été vendus en 2021, contre 9,4  millions en 2017, indique Le commerce du bois dans l’étude Terrasse bois et dérivés 2017 à 2021 de Jean-Marc Mornas, publiée en janvier. Cette tendance à la hausse est notamment due au Covid-19, qui a conduit les consommateurs à s’engager dans des travaux d’aménagement extérieur. En effet, la généralisation du télétravail a poussé les individus à valoriser leurs espaces extérieurs. Ainsi, l’étude met en exergue une hausse de 34 % de ventes de lames de terrasses en bois et dérivés, résineux, bois exotique, bois de feuillus et lames composites, depuis 2019. Jean-Marc Mornas estime à environ 25  millions de m² le potentiel de vente en 2025, soit une hausse annuelle de 10 %.

 Les résineux toujours en tête 

La structure du marché est, quant à elle, stabilisée depuis 2017. Les terrasses en bois résineux continuent de tirer leur épingle du jeu en détenant 61,5 % des parts de marché. Un taux maintenu depuis 2017, notamment en raison d’un rapport qualité / prix attractif. Depuis 2019, l’étude relate une hausse de 30 % des ventes. 10 millions de m² de lames de terrasses en bois résineux ont été vendus en 2021, contre 8,8 millions en 2020, et 7,6 millions en 2019. Parmi ces ventes, ce sont les terrasses en bois résineux traités qui prennent le pas sur celles non-traitées, avec 92 % des parts de marché depuis 2017. Le principal traitement utilisé est le résineux autoclave, avec près de 8 millions de m² de volumes vendus en 2021, suivi par le résineux avec saturateur (925 000  m² de volumes vendus). Cette tendance à l’utilisation de résineux traités par autoclave s’explique principalement par l’accessibilité du prix et le fait que le produit soit destiné à tous types d’usages, indique l’étude. D’autre part, le marché des résineux nontraités est dominé par les lames de terrasse mélèze (70,5 % des parts de marché en 2021), suivi du douglas, qui progresse fortement (22 % des parts de marché en 2021 contre 19 % en 2017). 

Les bois exotiques se maintiennent 

Les terrasses en bois exotique ont elles aussi stabilisé leurs parts de marché aux alentours des 18-19 % ; ces essences connaissent une hausse de vente de 33 % depuis 2019 (3  millions de m² de volumes vendus en 2021, contre 2,2  millions en 2019). Selon les distributeurs, la qualité de ces essences reste le critère déterminant dans le choix de ces bois. Ainsi, la durabilité et la facilité d’entretien du bois exotique conduisent les individus à opter pour ce produit. À noter la structuration d’une offre en bois tropicaux certifiés (FSC, PEFC…) permettant à ces bois de se positionner sur des marchés publics ainsi que des analyses de cycle de vie en cours d’élaboration dans le cadre du projet « Dryades » porté par l’ATIBT, en lien avec Le Commerce du Bois.

Par ailleurs, les terrasses en bois composites (y compris en bambou) progressent, et avoisinent les 20 % de parts du marché en 2021, contre 18,7 % en 2020. Aussi, depuis 2019, les ventes de bois composites ont fortement augmenté : 2,1 millions de m² de volumes vendus en 2019 contre environ 3  millions en 2021. Cette tendance s’explique par la hausse des prix et les problèmes d’approvisionnement du bois naturel d’une part, et avec la montée en qualité des produits (solidités, résistance aux UV, durabilité…) d’autre part. En revanche, les terrasses en feuillus sont quant à elles en marge du marché, du fait d’une tenue dans le temps en extérieur limitée. En effet, leurs parts de marché sont qualifiées « non signifiantes » par JeanMarc Mornas, et leurs ventes sont au même niveau depuis 2019 : entre 50 et 60 000 m² de volumes vendus.