
Les négoces ont désormais l’obligation d’organiser la reprise des déchets de leurs clients.
Lors de son assemblée générale, la Fédération du négoce de bois et des matériaux de construction est revenue en détail, via une vaste table ronde, sur le sujet ayant défrayé l’actualité du négoce ces derniers mois: la reprise des déchets. Compte-rendu d’un rendez-vous sous tension.
La guerre des déchets aura bien lieu. L’opposition frontale entre négoces et collectivités territoriales tend à atteindre son paroxysme depuis qu’est entrée en vigueur au 1er janvier de cette année l’obligation pour les négoces de matériaux de reprendre (ou de trouver une solution de reprise) les déchets de leurs clients. Une décision liée à la loi sur la transition énergétique, fortement décriée par la profession. Non pas pour son principe environnemental tout à fait louable, mais pour sa mise en place complexe et contraignante. « 65 % de nos membres ont affirmé avoir rencontré des difficultés pour respecter cette nouvelle règle », assure Hervé Biancarelli, président de la commission économique de la FNBM, en reprenant les chiffres d’une enquête dévoilée pour l’occasion. 1240 entreprises ont été interrogées, soit 3019 points de vente répartis sur tout le territoire et 77 % des points de vente nationaux qui sont concernés par l’obligation de la reprise des déchets. Parmi eux, seuls 13 % disposent d’une déchetterie en interne. Tous les autres ont dû s’adapter avec une solution hors site, via des déchetteries publiques ou privées.
Une liste des difficultés rencontrées par les négoces a par ailleurs été énoncée par Hervé Biancarelli, avec l’approbation d’une assemblée de négociants attentifs malgré la chaleur étouffante qui régnait à l’intérieur du salon de la Maison des polytechniciens de Paris. Parmi les obstacles fréquemment cités: l’incapacité à mobiliser les ressources financières nécessaires, le manque de foncier disponible, les différentes interdictions issues des plans locaux d’urbanisme, la méconnaissance des textes de lois par les déchetteries publiques ou les collecteurs privés, ou encore l’absence ou le refus des déchetteries dans le rayon imposé de dix kilomètres autour du négoce. Ce sont surtout ces deux derniers points qui attisent la colère des négociants. « Le critère des 10 km pour tous les négoces n’est ni pertinent, ni opérationnel, insiste Hervé Biancarelli. Il s’agit plutôt de faire évoluer le dispositif en fonction de la situation géographique du négoce et des besoins environnants. À proximité des grandes villes, la question se pose moins, mais dans les campagnes, quel serait l’intérêt financier et environnemental de créer un site pour peu d’utilisations? »
Si les esprits se sont un peu plus échauffés suite au vent d’optimisme porté par l’un des intervenants de la table ronde – Jean-Yves Burgy, spécialiste du développement de filières de valorisation des matériaux – et vivement critiqué par les négociants présents, la tension était à son comble lorsque Géraud Spire a ravivé le souvenir de sa présidence de la FNBM. Dans une diatribe dont il a le secret, l’ancien président redevenu « simple » négociant s’est emporté contre les collectivités locales qui ne veulent pas forcément accepter les déchets en provenance des négoces, et avec lesquelles il est « presque impossible de communiquer ». Géraud Spire a également attaqué les GSB, non concernées par cette loi sur la reprise des déchets: « étant donné qu’elles ciblent de plus en plus la même clientèle que nous, elles devraient également y être soumises ». Avant de clore son exposé par un argument environnemental à propos de la multiplication des points de collectes: « il faudra multiplier proportionnellement le nombre de camions et leurs trajets, et par là même l’impact carbone qui en découle… »
La colère gronde, mais tout n’est pas noir. « Il y a un besoin de concertation, mais cette loi va améliorer l’image traditionnelle du négoce », nuance Jean-Marie Lane, président de la commission environnement hygiène sécurité de la fédération. L’ambiance est également à l’optimisme du côté des collecteurs privés, malgré leur faible maillage du territoire (environ 600 points de collecte privés contre 4000 déchetteries publiques). « C’est un énorme défi que de construire une offre et d’élaborer une stratégie adaptée aux négoces, explique Florence Colo, directrice déléguée du réseau de recyclage Praxy. Faut-il considérer cette loi comme une contrainte ou une opportunité? Se conformer strictement au cadre réglementaire ou essayer d’en faire une force via un modèle économiquement viable? » Autant de questions qui ne manqueront pas d’alimenter un peu plus le débat, sur fond de tri des déchets à la source, de déconstruction sélective, d’homogénéisation des contrôles ou encore de lutte contre les déchetteries sauvages. En résumé, tout n’est pas à jeter.