
La scierie 4.0, un nouveau concept automatisé et intelligent où les machines communiquent entre elles.
Alors que la deuxième transformation du bois entre depuis quelques années dans l’usine du futur et l’industrie 4.0, cette (r)évolution technologique n’échappe pas aux professionnels de la première transformation, qui imaginent déjà la scierie de demain.
Industrie 4.0, usine intelligente, atelier connecté, flexibilité et adaptabilité de la production, cloud, big data… Derrière ces termes encore abscons pour certains se cache sans doute la prochaine révolution industrielle, d’ores et déjà en marche dans de nombreux secteurs dont la filière bois. Si la deuxième transformation s’est déjà lancée dans la bataille, la première transformation n’est pas en reste et compte bien appliquer cette technologie à l’univers du sciage. En témoigne une scierie 4.0 opérationnelle depuis un an dans le Finistère. Une installation inédite réalisée pour la scierie Aprobois par le groupe Finega, fabricant français de machines pour la première transformation du bois installé à Saint-Quentin-Fallavier (38) et Dormans (51), qui regroupe EW-Gillet, Rennepont, MEM, Segem, Ciris et EGA.
« L’idée de créer des scieries 4.0 est venue des interrogations suivantes : comment faire évoluer la scierie française dans un contexte national et international très concurrentiel, un marché très volatil avec des tensions sur certaines matières premières? Comment accompagner les industriels face aux problèmes de valeur ajoutée? Comment mieux gérer l’hétérogénéité de notre massif forestier? Et, enfin, comment permettre aux scieurs d’augmenter et d’optimiser leur productivité? » explique Michel Loyet, à la tête du groupe Finega. Pour répondre à ces questions et développer ce nouveau concept, « il nous a fallu pas moins de trois ans de R&D et quatre spécialistes pluridisciplinaires mobilisés à temps plein. Aujourd’hui, le système est au point et en fonctionnement depuis un an chez l’un de nos clients. »
Mais qu’est-ce que c’est, au juste, une scierie 4.0? En quoi ce concept diffère-t-il des lignes entièrement automatisées et informatisées? Et à qui profite-t-il? « Le concept de scierie 4.0 a été développé pour les moyennes scieries. » Contrairement aux grandes scieries équipées de grosses lignes canter et organisées pour scier du standard, « qui ont davantage besoin de débit que de flexibilité, les scieries de taille moyenne recherchent de la flexibilité et de la réactivité car elles ont des délais courts, une palette de sciages plus importante et une ressource souvent plus hétérogène. » Ces unités disposent aussi parfois d’une technologie limitée qui ne leur offre pas une vision globale de leur process de production et elles rencontrent certaines difficultés pour assurer la maintenance de leurs équipements. « Pour répondre aux problématiques de ces unités, nous avons donc développé le concept de la scierie 4.0. » Une scierie nouvelle génération qui offre aux professionnels de la première transformation une vision globale de leur production, du parc de sciage au suivi des commandes grâce à des machines communicantes qui dialoguent entre elles; à un process de sciage complètement automatisé qui analyse en 3D chaque grume et optimise le rendement matière en temps réel; à la collecte et au stockage des données dans un cloud sécurisé à chaque étape du sciage (CloudMill); et à un système de contrôle informatisé composé, entre autres, de caméras intelligentes qui surveillent en permanence le bon fonctionnement de l’installation pour garantir une productivité maximum de la scierie.

« Pour l’instant, nous sommes en mesure d’enregistrer et de stocker 2500 données pour chaque grume dans le CloudMill, ce qui nous permet d’assurer la traçabilité complète du process de débitage, de garantir les performances de la scierie 4.0 et de fournir à nos clients des outils de pilotage innovants très pointus. Grâce à la R&D et la base de données qui s’enrichit de mois en mois, nous prévoyons de développer de nouveaux algorithmes intelligents capables d’analyser et d’interférer sur le process de sciage et aussi de gérer la maintenance prédictive des machines sans que l’utilisateur n’ait à s’en occuper. » De belles perspectives de développement pour ce nouveau modèle de scierie dévoilé lors de la dernière édition de la Ligna à Hanovre. « Après notre première installation, nous avons attendu quelques mois pour présenter ce système très novateur en Allemagne où il a eu beaucoup de succès. Aujourd’hui, de nouveaux scieurs sont intéressés et nous avons été sollicités par des clients européens, sud-américains ou australiens. Depuis le printemps, toutes nos machines sont prédisposées en 4.0 pour anticiper de futures demandes et permettre à nos clients d’évoluer à leur rythme vers la scierie du futur. » Avis aux amateurs !
Située à Carhaix, petite commune bretonne connue pour accueillir chaque année le festival des Veilles Charrues, l’entreprise Aprobois est une Scop spécialisée dans la scierie (fabrication de palettes, de caisses), le bois énergie et la fourniture de bois construction. En 2016, la scierie – qui utilise exclusivement des résineux locaux destinés au secteur de l’emballage – souhaite renouveler son outil de production pour, d’une part, s’adapter à l’augmentation du diamètre des bois due à l’évolution de la forêt française (et passer de 400 à 600 mm) ; et, d’autre part, disposer d’une unité entièrement automatisée qui assiste l’opérateur. La réponse à cette double problématique a été apportée par le groupe Finega via la mise au point d’une ligne 4.0 sur mesure avec un seul superviseur pour l’ensemble du process de sciage. Elle est composée d’un scan 3D rotatif qui détermine l’orientation de la grume dans l’espace et trouve l’angle de coupe optimal, d’une table robot de chargement 3D qui amène la grume sur une ligne de sciage suspendue, d’une scie canter ruban pour les gros diamètres, d’un Twin de reprise « reverse » avec table de séparation automatique en sortie, d’une déligneuse et d’une multilame. Le tout fonctionne sans opérateur, avec une capacité de sciage de deux grumes par minute quel que soit leur diamètre [soit 30 % de plus qu’auparavant, NDLR] et un rendement matière de 58 % à 63 % en fonction des diamètres.



