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Le numérique permettra de produire plus vite, sans erreur et de manière flexible

 

Yoann Baguet, DG de Felder Group France

Le numérique permettra de produire plus vite, sans erreur et de manière flexible

Spécialisé dans la fabrication de machines-outils pour la 2e transformation du bois, le groupe autrichien Felder compte 12 points de vente en France, et y emploie 60 salariés. L’objectif est de compter une vingtaine de points de vente d’ici à 10 ans, pour que les clients soient tous situés à moins de 200 km d’une implantation. Yoann Baguet, DG de Felder Group France, insiste sur la numérisation et l’automatisation de la filière bois, et sur l’importance de revaloriser la filière pour attirer les jeunes.

En quelques mots, pouvez-vous présenter l’activité de Felder en France ?

Felder Group France commercialise des produits pour les amateurs, les artisans, TPE, PME et industriels, dans le domaine du bois principalement, aussi du composite et de l’aluminium. Nous proposons une gamme de 200  machines. Nous comptons 80% de clientèle professionnelle, et 20% de particuliers. Au sein de la clientèle professionnelle, 80% de l’activité est réalisée avec la filière bois. En sachant qu’une menuiserie ne fait pas que du bois: parfois, un menuisier travaille l’aluminium, ou du panneau d’agencement Forex, pour, par exemple, les aménagements de vente des grandes surfaces.

À quelles évolutions doit faire face la filière bois ?

L’évolution a porté, depuis 15 ans, sur la numérisation des ateliers. Je m’aperçois que la numérisation se propage dans les moyens et petits ateliers. Le pari pour notre clientèle, demain, c’est d’être flexible et rentable, avec une capacité de production que l’on retrouve sur des gros faiseurs, et une capacité d’innovation sur la typologie de matériaux. Le marché se positionne de plus en plus sur la notion de design, avec des panneaux structurés, des panneaux plaqués avec des feuilles d’aluminium ou laqués… Beaucoup de matériaux sont innovants, et requièrent un besoin de technologie complémentaire dans les ateliers de menuiserie. Les instruments traditionnels ne suffisent plus. La TPE ou PME locale, qui ne travaillait que du bois massif ou du panneau mélaminé, doit faire évoluer son outil de production, pour des notions de matériaux mais aussi de rentabilité. Il lui faut désormais intégrer l’outil numérique, une plaqueuse de chants ou encore des machines de finitions haut de gamme… Ces machines, très bien ancrées dans l’industrie, ont encore du mal à se développer dans le monde artisanal. Pourtant, il convient de rappeler que le numérique permet de produire plus vite, sans erreur, sur mesure et de manière flexible. Le numérique ne concerne plus seulement la grande série industrielle.

La numérisation est donc en bonne voie. Y-a-t-il un autre challenge technologique à relever ?

L’automatisation. Avec, pour les grosses PME et l’industrie, une notion de compensation de la pénurie de candidats, de réduction de la pénibilité, et une optimisation du temps de production. Aujourd’hui, le monde de la menuiserie est confronté à une problématique importante : la main-d’œuvre disponible. Il n’y a pas assez de jeunes diplômés en ébénisterie, charpente, menuiserie… Ce qui pose de gros problèmes de production. Nos clients doivent automatiser leur outil de production pour répondre à cette pénurie de main-d’œuvre.

Dans ce contexte, la revalorisation de la filière bois est-elle une urgence ?

L’enjeu clé, c’est l’attrait et la formation autour de la filière bois, lié au besoin d’industrialiser et d’automatiser le process de production. La filière tend à supprimer les postes liés à la manutention, et à la place, installer des robots de chargement/déchargement, des systèmes de stockeurs autour des machines. On ne se concentre plus seulement sur ce que fait la machine, mais aussi sur la façon de l’alimenter et de la décharger. Cela induit, au niveau de la formation, une montée en compétence des futurs employés de la manipulation à la programmation de machine et à la création. Au savoir-faire dans le bois et l’ébénisterie, s’ajoutent des compétences en dessins 3D et en programmation informatique. Il faut garder le savoir-faire traditionnel, et compléter par des compétences qui permettent de piloter ces unités, ces cellules d’usinage.

Ces besoins en formation sont-ils anticipés ?

Malheureusement non. Pour les nouveaux entrants sur le marché du travail, il y a un manque d’attrait, de publicité, sur la filière bois. Nous sommes restés sur l’image de la menuiserie et du bois, sur une filière technique que de nombreuses personnes considèrent encore à tort comme une voie dédiée aux élèves en difficultés. Or, les filières tech[1]niques dont celle du bois sont des filières d’excellence comme le confirment les résultats de la compétition EUROSKILLS où 13 jeunes sont revenus avec des médailles d’or, d’argent ou de bronze dans de multiples disciplines comme la menuiserie, la technologie auto, la gestion réseaux informatiques, la taille de pierre et bien d’autres… La France a une vraie valeur ajoutée, un savoir-faire reconnu à l’international, mais nous n’arrivons pas à les mettre en avant. Ce déficit d’attrait doit être comblé. Un gros travail attend la filière bois pour rendre la formation professionnelle attrayante aux yeux des futurs diplômés. Le numérique est une voie d’attrait pour les nouvelles générations, qui sont digitales. Or, le numérique, n’est pas assez mis en avant. Pourtant, la perspective d’un ordinateur et d’une programmation de production en 3D permettra d’attirer plus de monde que l’image du ciseau à bois, symbolisant les anciennes générations de menuisiers. Bien sûr, le savoir-faire reste central, mais il ne suffit plus, et il faut le faire savoir.

Aujourd’hui, le monde de la menuiserie est confronté à une problématique importante : la main-d’œuvre disponible.

 

La structuration atomisée de la filière doit-elle rester en l’état ?

Je pense que oui. Je prône un maintien du maillage local. Le marché français est constitué d’énormément de petites structures, assurant un savoir-faire et une présence locale, et de quelques gros faiseurs. Le défi est d’épauler ces petites structures, qui peuvent rencontrer des difficultés sur la trésorerie ou le développement commercial. Bien souvent, le gérant est gestionnaire, commercial, comptable, employé de production… Il faut l’accompagner. Ces petites structures représentent énormément d’emplois. L’accompagnement ne doit pas être que financier. Il doit aussi porter sur la structuration, la formation, l’aide à la gestion comptable… Souvent, ce sont des menuisiers devenus chefs d’entreprises, avec des schémas fermés, très locaux. Mais ils n’ont jamais reçu de formation de chef d’entreprise ! Si on ne garde pas ce maillage, on ne retrouvera que des très gros faiseurs avec le risque de perdre une partie du savoir-faire et plus aucune présence locale, comme on peut le voir chez certains voisins.

Et, chez Felder, quel est votre principal défi d’avenir ?

Nous devons répondre aux besoins du marché ! Implanté depuis 2005 en France, nous avons multiplié notre chiffre d’affaires par 15. Dans les années à venir, il nous faudra former du personnel à la vente et à la technique. Nous sommes confrontés aux mêmes problématiques que celles de nos clients: sur les métiers techniques de la vente et de l’électromécanique, nous avons du mal à trouver des candidats.

Propos recueillis par Hubert Valatte