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« Les investissements doivent rester au cœur des priorités des entreprises »

N° 237 septembre 2026•Lecture 9 min
© Xylexpo/Acimall, SCM

L'espace Composite Future, dédié à l'univers des matériaux composites.

Alors que le secteur des technologies pour le travail du bois reste marqué par de nombreuses incertitudes, l’industrie italienne mise sur l’innovation, l’automatisation et la flexibilité pour préserver sa compétitivité. À l’occasion de la dernière édition Xylexpo 2026, qui s’est tenue avant l’été, BOISmag a souhaité recueillir l’analyse de l’association Acimall concernant l’évolution du marché, les mutations technologiques à l’œuvre et les perspectives à court et moyen terme pour les professionnels du secteur. Interview.

Comment l’industrie italienne des technologies pour le travail du bois et l’ameublement se porte-t-elle actuellement?

La production italienne de machines pour le travail du bois a clôturé l’année 2025 sur un recul de 1 %. Même négatif, ce résultat confirme la bonne résistance de l’ensemble du secteur. Les exportations ont enregistré une baisse de 6,6 %, tandis que le marché intérieur a connu une évolution positive. En 2026, la situation demeure toutefois assez incertaine. À ce stade, aucun signal significatif ne permet d’anticiper une véritable inversion de tendance. Le marché de l’ameublement est en léger recul, notamment sous l’effet de la diminution du pouvoir d’achat des ménages. À l’inverse, le secteur de la construction est en expansion, en particulier grâce aux demandes en provenance des marchés publics.

Quels sont les principaux marchés à l’export des constructeurs italiens?

Environ 70 % de la production italienne est destinée à l’export. Ce chiffre confirme que le savoir-faire, la fiabilité et la qualité des machines produites en Italie sont reconnus en Europe et dans le monde. Les États-Unis restent notre premier marché d’exportation, devant l’Allemagne, l’Espagne et la France. Plus largement, les constructeurs italiens sont également bien présents dans les autres pays européens, ainsi qu’au Canada, en Inde et en Chine.

Quelle place Xylexpo occupe-t-il aujourd’hui parmi les rendez-vous internationaux de la filière bois et comment se distingue-t-il des autres événements du secteur?

Xylexpo constitue le rendez-vous de référence du secteur les années paires, en alternance avec la Ligna de Hanovre (Allemagne) les années impaires. La manifestation a connu une réduction significative de sa taille au cours des dernières éditions, sans pour autant perdre en contenu. Elle s’est même enrichie de nouvelles thématiques afin de rester en phase avec l’évolution et les besoins du marché. L’une de ses particularités est la présence directe des entreprises italiennes, sans intermédiaire. C’est une véritable valeur ajoutée pour les visiteurs. Tout comme l’Allemagne, l’Italie dispose d’une industrie des technologies pour le travail du bois fortement implantée et bénéficiant d’une longue tradition constructive. Cette relation directe entre visiteurs et fabricants est naturellement moins présente dans les salons organisés dans des pays où cette tradition industrielle est moins développée…

Le profil des visiteurs et des exposants a-t-il évolué?

Le profil des visiteurs n’a pas connu de changements significatifs. La majorité des entreprises italiennes en aval des fabricants de machines sont de taille moyenne et recherchent des solutions et des équipements adaptés à leurs besoins. Du côté des exposants, les fabricants traditionnels restent présents avec des produits pour l’usinage des panneaux, du bois massif et la finition des surfaces. On observe toutefois une progression des entreprises proposant des moyens complémentaires: logiciels, applications dédiées à la transformation des matériaux à base de bois et outils permettant l’interfaçage entre les instruments. Autre tendance apparue lors des dernières éditions: le développement de différentes technologies pour l’optimisation des installations et des machines, notamment en matière de performance et de durabilité environnementale.

La dernière édition de Xylexpo a permis aux visiteurs de découvrir toutes sortes d'innovations pour la transdormation et le travail du bois.

Quelles sont les principales évolutions de l’édition 2026?

Cette édition se distingue notamment par une évolution du format de la manifestation. Xylexpo s’intègre à Plast, le salon international de l’industrie des matières plastiques et du caoutchouc, et à la zone « Composites Future », dédiée à l’industrie des matériaux composites, pour donner naissance à MATEC: un nouvel espace consacré à la multimatière. Cette intégration répond à la convergence entre les matériaux et les technologies utilisés dans les processus de production. Pour les visiteurs, elle permet de découvrir sur un même site des solutions dédiées au bois, aux plastiques et aux matériaux composites, tout en favorisant les échanges entre des filières toujours plus interconnectées.

L’automatisation reste-t-elle le principal moteur des investissements?

Les investissements doivent rester au cœur des priorités des entreprises. Les fondamentaux des processus de production n’ont pas changé: pour fabriquer un meuble ou un produit semi-fini, il faut toujours des machines traditionnelles, des CN, des installations pour produire des grandes séries ou encore des outils de finition. En revanche, les entreprises ont compris que la communication entre les machines et les installations permet d’améliorer les performances à plusieurs niveaux. Automatisation, durabilité, économies d’énergie et optimisation de la productivité constituent désormais des objectifs majeurs pour renforcer la compétitivité. Pour les atteindre, il est nécessaire d’investir.

Quelle place l’intelligence artificielle occupe-t-elle aujourd’hui dans les processus de production?

L’IA est désormais présente dans notre secteur, même si son développement reste moins avancé que dans d’autres industries. Son adoption nécessite des investissements en logiciels, matériel et compétences spécifiques et découle donc de la taille, des objectifs et de la stratégie de chaque entreprise. L’IA peut contribuer à optimiser les processus de production, la conception des machines, l’intégration des installations, l’efficacité opérationnelle ou encore la maintenance prédictive. Comme toute innovation technologique, elle doit avant tout rester un outil au service de l’entreprise. Sa pertinence dépend ainsi de sa capacité à répondre à des besoins concrets, et à générer des bénéfices réels.

La demande porte-t-elle également sur des machines plus flexibles, capables de gérer les petites séries et la personnalisation?

Tout à fait. Cette flexibilité répond à un enjeu de compétitivité, de productivité et d’adaptation aux évolutions du marché. Le secteur de l’ameublement a connu ces dernières années des phases successives de croissance et de ralentissement, dans un contexte de pouvoir d’achat sous pression. De nombreux fabricants ont réduit leurs stocks et se sont orientés vers des productions plus limitées, davantage en adéquation avec la demande. L’adaptabilité des installations devient ainsi un facteur stratégique afin de répondre rapidement aux demandes du marché sans renoncer à l’efficacité ni à la qualité.

Quels impacts les tensions géopolitiques et les politiques commerciales ont-elles sur les stratégies industrielles?

Il devient de plus en plus difficile de citer des marchés totalement à l’abri des tensions géopolitiques ou économiques. Les constructeurs doivent approfondir leur connaissance de chaque marché et y développer une présence pérenne. Cela suppose d’identifier les tendances, les matériaux utilisés, l’évolution de la demande et le potentiel de chaque zone géographique. Cette analyse permet d’élaborer des stratégies adaptées et de proposer des solutions technologiques répondant réellement aux besoins des clients. La compétitivité ne dépend plus seulement de la qualité des machines, elle est aussi liée à la capacité à adapter son offre aux différents contextes.

Quels sont aujourd’hui les principaux défis pour les fabricants européens?

Le niveau technologique et d’innovation de l’industrie européenne est déjà très élevé. Il faut donc continuer à « relever la barre », mais de manière réfléchie. Les principaux axes de développement portent sur davantage de flexibilité pour les machines et les installations, la digitalisation, la personnalisation et l’intégration des processus de production. Les entreprises doivent investir dans ces domaines afin de préserver leur compétitivité. Les investissements en R&D restent indispensables, mais ils doivent trouver un débouché sur un marché capable de les absorber. Dans un contexte marqué par les incertitudes économiques et un pouvoir d’achat en berne dans un certain nombre de secteurs, l’enjeu consiste à trouver un équilibre entre innovation et soutenabilité des investissements.

Et comment l’industrie italienne entend-elle résister à la concurrence asiatique?

L’industrie italienne dispose d’un patrimoine construit au fil du temps, fondé sur la réputation, la fiabilité et les compétences. Ces éléments constituent des atouts majeurs. La compétitivité repose également sur l’innovation technologique, les capacités de conception, la qualité de fabrication et un équilibre entre contenu technologique et niveau d’investissement. Le service après-vente constitue un autre facteur déterminant pour les clients et contribue à construire une relation de confiance dans la durée.

Les investissements industriels en Europe peuvent-ils repartir à la hausse?

Il est difficile de faire des prévisions dans le contexte actuel. En Europe, l’Italie et l’Allemagne restent les principaux acteurs des technologies pour le travail du bois, face à une concurrence internationale croissante, notamment chinoise. Pour les entreprises italiennes, continuer à investir dans de nouvelles solutions est indispensable pour maintenir et renforcer leurs positions sur les marchés internationaux. La transition numérique, l’automatisation, l’amélioration de l’efficacité des installations et le développement de solutions innovantes constituent les principales orientations. Dans un marché mondial, la capacité à innover reste un facteur déterminant de compétitivité, d’autant que les concurrents poursuivent eux aussi leurs investissements.

Le nouveau Technology Center de SCM à Rimini présente de nouvelles solutions automatisées et connectées.

Quels éléments vous rendent confiant quant à l’avenir de la filière bois?

Le contexte économique reste particulièrement complexe, mais les acteurs de la filière mettent tout en œuvre pour traverser cette phase de transformation. Les entreprises ont démontré une forte capacité d’innovation et d’adaptation. Ces deux qualités seront essentielles pour continuer à investir dans des technologies plus performantes, accélérer la digitalisation des processus et valoriser les compétences humaines, qui demeurent indispensables à la croissance et à la compétitivité du secteur.

Quelles innovations et quels marchés pourraient transformer le secteur d’ici 2030?

L’innovation, la digitalisation, l’efficacité, la capacité d’adaptation, la multimatière et la durabilité seront les principaux facteurs d’évolution du secteur des technologies pour le travail du bois et, plus largement, de l’ensemble de la filière. L’Europe et les États-Unis resteront des zones de référence, tandis qu’une dynamique importante pourrait également émerger des pays d’Asie du Sud-Est au cours des prochaines années.

Quel message souhaitez-vous adresser aux industriels français présents à Xylexpo et aux lecteurs de BOISmag?

La France représente et continuera de représenter l’un des principaux marchés pour les fabricants italiens de technologies pour le travail du bois. L’intérêt manifesté au fil du temps par les utilisateurs français témoigne d’une relation solide, fondée sur la confiance et la qualité des solutions proposées. Comme tous les marchés, la France reste toutefois soumise aux fluctuations de la demande intérieure. Le niveau technologique des machines italiennes, leur fiabilité, leur capacité d’innovation et leur rapport qualité/prix restent des atouts importants pour l’industrie française de l’ameublement et du travail du bois. Ils contribuent à renforcer, année après année, la place du made in Italy sur ces marchés.

ZOOM sur l’ITA

L’Agence italienne pour le commerce extérieur (ITA – Italian Trade Agency) est l’organisme gouvernemental dédié au soutien du développement international des entreprises italiennes, ainsi qu’à la promotion de l’attractivité des investissements étrangers en Italie. Fort d’un réseau de 91 bureaux répartis dans 80 pays, ITA fournit des services d’information, de conseil, d’assistance et de promotion aux petites et moyennes entreprises transalpines. En France, le bureau ITA accompagne celles qui désirent développer ou consolider leurs activités d’exportation dans l’Hexagone. ITA coordonne notamment la participation de nombreuses sociétés italiennes aux pavillons collectifs des principaux salons professionnels en France (SIAL, WineParis, Maison&Objet, Batimat...). Par ailleurs, l’agence organise des délégations d’acheteurs français sélectionnés pour visiter des salons professionnels majeurs en Italie, comme Xylexpo.

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Article paru dans le N° 237 · septembre 2026Voir le numéro

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