Suggestions
BOISmag
Retour au siteS'abonner · dès 175 €/an
BOISmagLe magazine de référence des professionnels du bois.
Le magazineS'abonnerAcheter un numéroNewsletter
Le groupeL'Agenceur magazineArtisans & BoisToiture Magazine
ContactNous écrireAnnoncer dans BOISmagMentions légales
BOISmag
ContactAnnoncerL'Agenceur magazineMentions légales

« La création du Comité Filière Forêt Bois Française n’est pas une fin en soi, c’est un point de départ

N° 235 mai 2026•Lecture 9 min
© Marion Fregeac

Officiellement lancé le 26 février dernier, le Comité Filière Forêt Bois Française témoigne de la nouvelle « union » des instances de l’amont et de l’aval de notre filière. Dans un contexte de défis climatiques, économiques et réglementaires croissants, Anne Duisabeau, présidente de France Bois Forêt et chargée de l’animation des travaux du Comité, en précise les objectifs et la portée. Interview.

Après des années d’attente, la filière forêt-bois française s’est enfin unie avec la création du Comité Filière Forêt Bois Française. Quel a été le déclic, le contexte qui a rendu possible cette union ?

Plusieurs éléments ont progressivement instauré les conditions de ce rapprochement. Il n’y a pas eu un seul déclic, mais plutôt une maturité collective qui s’est imposée naturellement. D’abord, une conviction partagée s’est consolidée : mieux coordonner les organisations professionnelles du secteur afin de faire face conjointement aux défis qui se posent à nous. Ensuite, nous avons déjà démontré, ces dernières années, notre capacité à œuvrer ensemble sur plusieurs thèmes structurants : l’étude prospective menée avec Carbone 4 sur le rôle de la filière dans la neutralité carbone, la démarche de responsabilité sociétale de la filière, les travaux liés au RDUE ou certaines analyses conjoncturelles. Enfin, les échanges réguliers dans le cadre d’un Comité informel de coordination de la « grande filière » ont montré l’intérêt de construire davantage ce dialogue. La création du Comité Filière Forêt Bois Française est donc l’aboutissement naturel de cette dynamique. Par ailleurs, les évolutions réglementaires européennes et nationales, la multiplication des sujets transversaux, l’attention croissante de la société pour les questions forêt-bois… tout cela appelle des réponses collectives, cohérentes et ordonnées.

Vous êtes présidente de France Bois Forêt et pilotez cette nouvelle instance. Comment envisagez-vous votre rôle dans cette dynamique collaborative ?

Mon rôle consistera avant tout à animer des réflexions collectives. Les échanges entre les organisations existent déjà depuis plusieurs mois et le Comité s’inscrit dans cette continuité. L’objectif est de simplifier le dialogue entre les divers maillons de la filière et d’accompagner l’émergence de positions communes sur les sujets transversaux qui font consensus entre ses membres. Il s’agit donc essentiellement d’un poste de coordinateur et de facilitateur au service de la dynamique commune.

À la vue des différents membres qui composent le Comité, l’amont de la filière n’y est-il pas favorisé par rapport à l’aval ?

Non, la composition du Comité a précisément été pensée de façon à pouvoir incarner l’ensemble de la filière dans sa pluralité. Les diverses organisations ont été réparties au sein de trois grands secteurs. Le premier rassemble la sylviculture et la production forestière ; le deuxième, l’exploitation forestière et la transformation du bois ; le troisième, la construction, l’ameublement et le papier. Cette combinaison permet d’assurer un équilibre entre les différents maillons de la chaîne de valeur. Il était notamment important que les propriétaires forestiers et les gestionnaires soient pleinement représentés, car ce sont bien eux qui portent les enjeux liés à la production forestière, à la gestion durable et à l’adaptation des forêts au changement climatique.

Pouvez-vous justement détailler l’organisation et la structuration interne de ce nouveau Comité et nous dresser une liste de ses membres en rappelant leur périmètre d’action ?

Le Comité Filière Forêt Bois Française rassemble des membres fondateurs représentant les différents maillons de la filière.

Grumes stockées en bord de piste forestière

• Propriété forestière : Communes forestières France et Fransylva.

• Gestion forestière : ONF et UCFF.

• Exploitation et transformation : Fédération nationale du bois (FNB).

• Construction : UICCB.

• Ameublement : l’Ameublement français.

• Pâte–papier-carton : Copacel.

Il compte également deux invités permanents : le CSF Bois et le Codifab.

Doit-on parler « d’interprofession » ?

Non, il ne s’agit pas d’une nouvelle interprofession. L’interprofession qui est reconnue par l’État au titre du Code rural et de la pêche maritime est France Bois Forêt. Le Comité Filière Forêt Bois Française se définit comme une instance de concertation hébergée en son sein, qui permet de réunir un périmètre plus large d’acteurs du secteur, de la forêt jusqu’aux usages du bois.

Forêt de conifères vue en contre-plongée

Certains syndicats ou instances ont-ils refusé de rejoindre ce nouveau Comité, et, si oui, pourquoi ? D’autres adhésions sont-elles possibles dans les mois à venir ?

Un travail de structuration a été mené depuis plusieurs mois avec les organisations professionnelles désirant s’inscrire dans cette démarche, sur la base d’un principe clair : ne pas créer une nouvelle structure juridique, mais s’appuyer sur l’existant, c’est-à-dire France Bois Forêt. La composition du Comité reste ouverte. Les organisations professionnelles qui souhaitent contribuer aux travaux collectifs et partager cette dynamique peuvent naturellement se manifester. Par ailleurs, les groupes de travail et commissions qui seront mis en place seront accessibles, outre aux adhérents de Filière Forêt Bois française, à l’ensemble des organismes membres de France Bois Forêt. Enfin, une réflexion va débuter avec le réseau des Fibois, coordonné par Fibois France, afin de renforcer également la cohérence entre les actions portées au niveau national et celles issues des territoires.

Sur le plan économique, avant cette unification, France Bois Forêt collectait la CVO pour l’amont et le Codifab la taxe affectée pour l’aval. Ces deux mécanismes vont-ils perdurer ? Une « unification » financière est-elle envisageable ?

L’un des principes fondateurs du projet était précisément de ne pas modifier les dispositifs de financement existants. Le Codifab continuera de recueillir la taxe affectée, tandis que France Bois Forêt poursuivra la levée de la CVO.

Quels types de sujets (stratégiques, économiques, climatiques…) seront prioritaires dans les premiers mois de fonctionnement ? Pouvez-vous nous citer quelques-unes des actions en cours ?

Les travaux collectifs seront organisés autour de deux sortes de structures. D’un côté, des commissions permanentes, qui se consacreront à des thématiques sur le long terme : la communication de la filière, sa responsabilité sociétale, l’analyse économique et conjoncturelle de la filière ou encore la prescription du bois. De l’autre, des groupes de travail thématiques pourront être constitués ponctuellement selon les besoins. Ces groupes seront amenés à traiter des sujets comme la réglementation incendie dans les bâtiments, le RDUE ou encore la sécurisation juridique des travaux forestiers.

Des travaux plus « transversaux » sont-ils également prévus ?

Oui, et c’est l’ambition première du Comité. Les commissions permanentes ont précisément vocation à se consacrer à des sujets transversaux qui concernent l’intégralité de la filière.

En quoi cette union renforce-t-elle la crédibilité et la visibilité de la filière forêt-bois auprès des pouvoirs publics et des acteurs économiques ?

C’est une avancée considérable. Pour la première fois, nous disposons d’une instance réunissant des organisations représentatives de toute la chaîne de valeur, de la forêt jusqu’aux usages du bois. C’est un signal fort envoyé aux pouvoirs publics et aux partenaires économiques. Quand la filière parle d’une seule voix, elle est beaucoup plus audible.

La filière a souvent été décriée pour son atomisation. Quels seront les principaux défis culturels ou structurels à surmonter pour faire perdurer cette unité ?

La filière a déjà beaucoup progressé dans sa capacité à travailler ensemble. Ces dernières années, plusieurs projets collectifs importants ont renforcé cette tendance : la démarche de responsabilité sociétale « Utile par essence » ou l’étude prospective réalisée avec l’appui du cabinet Carbone 4… Il s’agit maintenant de poursuivre cette dynamique commune en produisant des résultats tangibles, visibles et avantageux pour tous les acteurs.

Quels bénéfices concrets peuvent attendre les professionnels de la forêt et du bois ?

Le bénéfice le plus direct, c’est une capacité accrue à peser dans les décisions publiques qui nous concernent. Une parole collective, structurée et cohérente, permet de mieux défendre les enjeux économiques, environnementaux et industriels de la filière.

Avez-vous eu des retours de la part des professionnels suite à l’annonce de la création de Filière Forêt Bois Française ?

Les retours sont très positifs, et c’est encourageant. Il faut dire que les professionnels et leurs organisations étaient pleinement impliqués dans la démarche depuis le début. Ce n’est pas une création imposée de l’extérieur, mais une construction collective qui répond à une attente exprimée depuis longtemps au sein de la filière.

Sur le plan organisationnel, tous les emplois des groupements membres ont-ils été maintenus ? Et comment s’articulera le fonctionnement quotidien ?

Le Comité est volontairement une structure légère, hébergée au sein de France Bois Forêt. Cela permet d’avancer efficacement sans alourdir les organisations actuelles. Chaque institution professionnelle conserve son fonctionnement propre et son équipe.

France Bois Forêt assure l’animation et le secrétariat du Comité, qui sera tenu pas Maxime Chaumet, notre directeur général.

L’idée est de s’appuyer sur l’existant et de capitaliser sur les compétences déjà en place plutôt que de recréer quelque chose.

À moyen terme, comment imaginez-vous l’évolution du Comité et son rôle dans l’accompagnement de la filière face aux défis climatiques, économiques et sociétaux ?

Le Comité a vocation à se saisir des grands sujets transversaux du secteur, et le plus structurant d’entre eux est sans doute le rôle de la forêt et du bois dans l’atteinte de la neutralité carbone à l’horizon 2050. L’étude prospective menée avec Carbone 4 constitue un socle important pour cette vision commune. L’enjeu sera désormais de traduire ces orientations dans les politiques publiques et les stratégies de développement de la filière.

Quel message souhaitez-vous transmettre aux professionnels et aux lecteurs de BOISmag concernant l’avenir de la filière forêt-bois française ?

La filière forêt-bois porte de nombreuses solutions pour accompagner la transition écologique et atteindre la neutralité carbone. Pour y parvenir, nous devons avancer sur plusieurs fronts simultanément :

développer tous les usages du bois afin de décarboner notre économie, notamment dans la construction ; renforcer nos capacités de transformation en France pour consolider notre souveraineté industrielle ; augmenter progressivement et de manière raisonnée la récolte du bois sur notre territoire ; adapter les forêts au changement climatique.

Avez-vous un dernier mot à ajouter ?

Je voudrais simplement souligner que la création du Comité Filière Forêt Bois Française n’est pas une fin en soi, c’est un point de départ. Elle traduit une dynamique positive et une maturité collective. Elle montre également que les acteurs de la forêt et du bois savent se rassembler pour construire des réponses communes face aux défis économiques, climatiques et sociétaux. Et dans un monde qui a plus que jamais besoin de solutions durables et ancrées dans les territoires, c’est une très bonne nouvelle.

Article paru dans le N° 235 · mai 2026Voir le numéro

À lire aussiÀ lire aussi

Tous les articles