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Le groupe Thebault investit pour l’avenir

N° 212•Lecture 9 min
© groupe Thebault

Trois générations ont permis au groupe Thebault de devenir le premier fabricant français de panneaux contreplaqués en terme de volume.

Fondé dans les années 1950 dans les Deux-Sèvres, le groupe Thebault, spécialisé dans la production de contreplaqué depuis de nombreuses années, prévoit d’ouvrir une nouvelle usine de LVL à l’horizon 2025. Un investissement de taille, parmi d’autres, qui permettra à cette entreprise familiale d’élargir sa gamme de produits et de se projeter dans l’avenir. L’occasion de faire le point sur le passé, le présent et les futurs projets du Groupe avec son président, Antoine Thebault.

Pouvez-vous me dresser un rapide historique du groupe Thebault ?

L’Entreprise a été créée en 1953 par mon grand-père Jean Thebault, puis il a été rejoint par son frère Charles. Mon père et mes deux oncles, Jean-Charles, Benoit et Henri-Jean ont ensuite repris le flambeau et développé la société avec la création de plusieurs usines, et je représente la troisième génération à la direction du Groupe. Nous sommes originaires des Deux-Sèvres.

Antoine Thebault

Qu’en est-il du Groupe aujourd’hui en termes d’activités, de CA, d’implantations… ?

Nous fabriquons des panneaux contreplaqués à base de trois essences : le pin maritime, le peuplier et l’okoumé. Nous produisons 125 000 m3/an de panneaux sur les 260 000 m3 produits annuellement en France, ce qui fait du groupe le 1er fabricant français et le 5e au niveau européen en termes de volumes. Nous sommes 400 collaborateurs, répartis sur quatre usines en France, une au Gabon et une exploitation forestière. Nous produisons des panneaux en pin maritime sur les sites de Sauzé-Vaussais (79) et Solférino (40), puis en peuplier et en okoumé sur les usines du Gabon, de Marigny-le-Chatel (10) et Magné (79), site historique de l’Entreprise. Le CA 2022 s’élève à 100 millions d’euro.

Pourquoi lancer une nouvelle usine de LVL ?

Cela fait une quinzaine d’années que nous pensons à cet investissement, et plusieurs raisons motivent aujourd’hui notre décision :

– L’Entreprise est prête et organisée pour se développer après l’étape importante de transmission entre deux générations, et après la création de notre dernière usine dans l’Aube.

– Nous souhaitons aussi nous diversifier sur le LVL, produit dédié à 100% pour la construction, qui viendra compléter notre offre en contreplaqué et permettra d’offrir une largeur de gamme plus importante à nos clients, mais aussi diversifier les essences de bois transformés et ainsi sécuriser nos approvisionnements bois pour les générations futures.

– Nous voulons réduire ce manque d’offres en matériaux biosourcés dont souffre le monde de la construction pour se développer et s’armer plus rapidement pour lutter contre le changement climatique. Il y a urgence pour l’affronter et ralentir cette évolution inquiétante.

– Autre raison, permettre au Groupe de se développer, d’être le premier en France et en Europe du Sud à produire du LVL, et continuer de grandir dans notre cœur de métier et d’expertise.

– Et enfin créer de nombreuses synergies avec nos usines actuelles, et permettre aussi à ces dernières d’augmenter leurs capacités de production, et ainsi offrir plus à nos clients.

Et pourquoi avoir choisi le sapin ?

Nous souhaitions transformer du résineux grâce à ses caractéristiques mécaniques, à notre expertise autour de cette famille d’essences, et avec une belle visibilité quant à la ressource. Ce qui est le cas avec le sapin pectiné et notamment en Auvergne, avec des bois situés en altitude et donc préservés des dépérissements liés au réchauffement climatique, une accessibilité, des mobilisateurs performants, un capital bois important avec un taux d’accroissement naturel annuel très supérieur à la consommation des gros bois qui ont du mal à trouver des débouchés. Bien évidemment, cette essence présente d’excellentes valeurs mécaniques confirmées lors des tests de production. Pour toutes ces raisons, le sapin pectiné a eu notre préférence. Enfin, le LVL permet de faire autant et même plus, avec moins de matière, ce qui le rend complètement adapté à une construction sobre et frugale.

Avez-vous profité de l’effet de booste de la RE 2020 pour lancer ce projet ?

Oui bien évidemment, et cette réglementation est essentielle pour lutter contre le changement climatique, pour séquestrer de plus en plus de carbone et éviter ainsi de le relâcher. Les produits bois en général le permettent, et la France comme le reste des pays du monde se doivent d’être très volontaristes et d’imposer l’utilisation de matériaux biosourcés dans la construction neuve, la réhabilitation, la surélévation… La France, comme l’Europe, manque d’offres industrielles pour pouvoir atteindre les objectifs fixés. C’est pourquoi nous sommes confiants en l’avenir, dans la place du bois dans notre futur, et donc dans ce nouvel investissement.

Comment cette future usine d’envergure sera-t-elle financée ?

Cette usine sera une association entre le Groupe Thebault qui représentera environ 80% de l’actionnariat, la société CBD Bois de Craponne-sur-Arzon (43) dirigée par Fabien Cenzato, et un troisième associé à venir. Le financement se compose de fonds propres, d’un emprunt, et d’un soutien financier important, et pour lequel nous sommes très reconnaissants de l’État, la Région AuRA, le département de Haute-Loire et le Sydec.

De gauche à droite, Guy Lojon (Maire de Lempdes-sur-Allagnon), Jean-Luc Vachelard (Sydec), Jean Pastourel (Sydec).

Le LVL ne représente pas pour l’heure un marché important dans l’Hexagone. Avec cette nouvelle usine, quels seront les marchés visés ? Espérez-vous commercialiser l’ensemble de la production en France ? Pourquoi ne pas avoir choisi un autre produit comme le CLT ?

L’offre créera la demande, c’est indéniable. Le marché français est aujourd’hui limité, contraint, «contingenté» par les producteurs européens actuels, et par le manque d’offres. Nous ne vendrons pas qu’en France, et nous nous appuierons sur notre expérience et réseau international pour distribuer nos volumes. Les marchés visés seront principalement la construction neuve, la rénovation-réhabilitation, la surélévation et différentes applications techniques spécifiques. Enfin, nous avons choisi le LVL car son process industriel est au cœur de notre métier, notre expertise : le déroulage, le séchage, le bâtissage de panneaux à base de placages. Le LVL est la continuité naturelle d’un fabricant de panneaux contreplaqués de résineux et de taille importante. Le CLT est une évolution naturelle pour un scieur. Tous ces produits sont complémentaires.

D’où proviendra la ressource ? Avez-vous sécurisé vos approvisionnements ?

Essentiellement d’Auvergne, et dans un rayon de 100 km. Notre association avec la société CBD bois est un gros atout pour notre intégration et pour l’achat bois de demain. Cette association sera la quatrième de notre histoire. Elles nous ont toujours donné raison : le partage et la complémentarité sont nos ingrédients de réussite et humainement enrichissants.

Outre cette future usine, prévoyez-vous d’autres investissements concernant vos autres activités ?

Oui, et il est hors de question que l’activité contreplaqués soit sacrifiée à cette nouvelle implantation. Nous continuons d’investir chaque année pour améliorer l’outil actuel, augmenter nos volumes produits, améliorer la sécurisation, « relooker » nos usines pour le mieux-être de nos collaborateurs et amener du modernisme et de l’attractivité, améliorer la maîtrise et les méthodes de notre process et enfin, continuer d’asseoir notre organisation et organigramme. Toutes nos décisions, nos investissements sont pris en se projetant vers la génération future, celle qui nous succédera, quelle qu’elle soit. Car le plus important est de durer, et que l’Entreprise perdure sur les territoires où elle vit.

Concernant le contreplaqué, rencontrez-vous des difficultés d’approvisionnement en okoumé depuis l’inscription de cette essence à l’annexe D de l’UE ? Et que pensez-vous du futur règlement «zéro déforestation» de l’UE qui vient d’être adopté par le Parlement européen ?

Nous n’avons aucune difficulté quant à l’approvisionnement en okoumé, et sommes conformes à la future RDUE depuis de nombreuses années déjà, et notamment au Gabon. Toutes les certifications actuelles de l’entreprise (FSC, PEFC, RBUE) et les exigences internes que nous nous sommes fixées en termes de traçabilité, nous permettent d’appréhender la RDUE sans changement majeur et sans inquiétude autour de notre système qualité. Il est impératif d’être exigent face à la déforestation éventuelle. Mais attention à ne pas se tromper de cible et à bien «chasser» les mauvais élèves dans le monde. La forêt française et la forêt gabonaise sont des modèles de gestion durable. Attention aussi, à travers ces évolutions, à la charge administrative et à la complexité de tracer les bois récoltés et transformés, avec un niveau de détails trop important. Comme dit précédemment, ne nous trompons pas de cibles. La filière bois française est un exemple !

Vous avez repris les rênes de l’entreprise familiale il y a un peu plus d’un an. Comment envisagez-vous l’avenir du groupe Thebault d’ici 5 à 10 ans ? Et celui de la filière bois française ?

L’enjeu principal de notre entreprise de ces cinq dernières années était d’assurer la transmission entre deux générations avec l’évolution de l’organigramme et de son organisation, à la fois pour s’adapter à l’histoire, mais aussi pour être prêts et armés pour se développer. Une transmission est toujours une étape importante et primordiale dans l’histoire d’une entreprise. Ensuite, se développer, mais avec du sens. Et ce projet LVL coche toutes les cases de cette volonté d’être un acteur et participer au mieux être de notre planète et des générations futures, en commençant par nos enfants et petits-enfants. Je n’espère qu’une chose : une belle santé pour notre entreprise, un projet LVL réussi, des collaborateurs épanouis, de continuer de créer de la richesse sur des territoires ruraux et être un acteur de la reconquête de notre marché intérieur. Il est plus facile d’investir sereinement avec une belle équipe autour de soi, qui aime le maillot, même si encore beaucoup de choses sont à améliorer. Pour la filière : une utilisation plus importante du bois en France, des entreprises qui investissent, se développent, se modernisent, et un pays redevenu industriel et notamment autour du matériau bois.

Avez-vous un message particulier à adresser aux lecteurs de BOISmag ?

Notre filière bois se doit d’être encore plus mise en avant, en évidence et en lumière. Elle s’efforce depuis de nombreuses décennies de gérer durablement la forêt, elle est innovante, précurseur et dynamique, elle est un exemple de gestion forestière et il est essentiel de continuer de récolter du bois, et du bois d’œuvre avec des arbres matures, pour continuer de décarboner et biodiversifier notre planète. Notre filière n’a jamais attendu qui que ce soit pour avancer et cela sans faire de bruit. Ensuite, mettre en lumière notre industrie, car une très grande majorité de nos entreprises de la filière n’a cessé depuis 50 ans et plus d’investir, de se développer sur le territoire français, quand beaucoup d’autres industries se sont délocalisées pour l’hyper profit et ont abandonné notre pays. Tous, à tous les niveaux, devons faire preuve de courage dans nos positions et décisions. Nous sommes portés par une mission, qui est de créer du lien et du liant entre les personnes, de la richesse sur nos territoires, mais aussi car nous aimons notre pays et voulons être acteurs de sa réussite. C’est pourquoi tous, des collectivités publiques à tous les décisionnaires de notre pays, doivent être volontaristes et imposer l’utilisation des bois de France dans nos constructions, dans nos ouvrages et dans tous les usages possibles. Egalement à l’échelle européenne. Il faut aussi privilégier l’autonomie et l’indépendance. Les dernières années ont mis en exergue nos faiblesses, n’ayons pas la mémoire courte !

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Article paru dans le N° 212Voir le numéro

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