« Je ne suis pas venu par nécessité, mais par choix »
Comme lors de l'édition 2023 (photo), le groupe SCM participera à la prochaine édition de la Ligna.
Arrivé chez SCM en avril 2024, Laurent Maziès dresse un bilan de cette première année à la tête de la filiale française du groupe transalpin. Comme à son habitude, il nous livre sans détour sa vision du marché, de l’organisation de la filiale et de ses nombreux projets pour assurer l’avenir du groupe dans l’Hexagone. Interview.
Depuis un an, vous avez rejoint le groupe SCM pour prendre la tête de la filiale française. Comment cette prise de poste s’est-elle déroulée ?
Comme vous le savez sans doute, j’ai quitté mes précédentes fonctions après vingt-huit années passées à un poste assez similaire. Je pouvais prendre ma retraite début 2024, mais ce départ sûrement trop précipité m’a laissé sur la réserve. Suite à cet épisode, je n’avais pas vraiment envisagé de poursuivre une carrière et surtout pas dans le milieu de la machine à bois. La direction du groupe SCM m’aura persuadé du contraire. L’envie de transmettre, notamment, m’aura rattrapé et convaincu d’accepter ce nouveau challenge proposé par SCM. Je me suis alors dit que cette opportunité serait une bonne occasion de tirer ma révérence à la filière bois plus dignement. Je ne suis pas revenu par nécessité, mais par choix.
Lors de votre arrivée chez SCM, quels changements avez-vous mis en place au sein de la filiale française ?
Un an, c’est effectivement l’heure du premier bilan, un point de situation était nécessaire pour rassurer nos clients, partenaires et collaborateurs. SCM France fêtera en 2026 son cinquantenaire et n’est plus vraiment à présenter, mais nous pouvons parler de ce que nous avons fait au cours de ces douze derniers mois. Nous avons souhaité tout d’abord renforcer notre service après-vente avec la mise en place d’un directeur du service client – Arnaud Place nous a rejoints au mois de juillet l'année dernière – et d’un responsable opérationnel – Raphaël Castaldo, qui a pour mission de piloter notre département hotline actuellement composé de six et bientôt neuf personnes et notre équipe de 12 techniciens itinérants. Cette dernière intervient quotidiennement sur le marché en support aux nombreux collaborateurs que compte notre réseau de distribution. Le recrutement de deux chargés d’affaires est venu compléter l’équipe que supervise Arnaud Place pour 2025. Nous avons également remodelé le service commercial en apportant quelques modifications à l’organigramme.
Pouvez-vous détailler les changements opérés au sein de SCM France ?
SCM France a eu la possibilité, par le biais de ses nombreuses solutions « made in Italy », de mettre en place un réseau commercial multicanal. Nous sommes présents dans le B to C, mais aussi et surtout dans le B to B avec le support digital d’un site marchand, un réseau de distributeurs comptant plus de 40 partenaires de proximité pour la gamme de machines pour les menuiseries artisanales, un réseau parallèle de revendeurs structurés avec techniciens et showroom qui est en cours de développement afin d’offrir un service de proximité sur ce que nous appelons la gamme intermédiaire (machines automatiques et CN d’entrée de gamme) et enfin la vente directe que nous réalisons grâce à notre organisation commerciale interne. C’est notamment sur cette dernière activité que notre groupe a décidé d’investir sur un plan à deux ans ayant pour objectif de couvrir la totalité des territoires avec des commerciaux pour la vente directe épaulés par des fonctions supports (chefs des ventes et des produits). Nous passerons de 46 à 57 collaborateurs d’ici la fin du premier semestre 2025 puis, nous l’espérons, davantage dans quelques mois. Nous avons également travaillé à la mise en place d’une stratégie CRM inédite et devrions voir l’équipe se renforcer d’ici peu avec l’arrivée d’un « Sales Ops » (support opérationnel commercial) pour accompagner nos équipes vers le succès. En ce qui concerne l'organisation à proprement parler, nous déménageons très prochainement à quelques centaines de mètres de nos locaux actuels dans un bâtiment qui sera à même de supporter la croissance recherchée grâce à une surface de 700 m² de bureaux et à un tout nouveau showroom de près de 1 600 m² qui accueillera environ 25 machines sur trois travées. Pour animer ce showroom, nous venons de recruter un collaborateur issu de la filière bois qui aura en charge la réalisation de nombreuses démonstrations personnalisées pour l’ensemble de nos clients sur toutes les technologies exposées. Par ailleurs, l’année 2026 sera marquée par les 50 ans de la filiale française, que, bien sûr, nous ne manquerons pas de célébrer dignement.
Votre arrivée est intervenue lors d’une période compliquée sur le plan économique. Comment avez-vous bouclé l’année 2024 ?
C’est vrai que 2024 aura mis fin à ce que l’on appelle « la croissance gouvernementale » qui, à coups de subventions, aura aidé un grand nombre de clients qui souhaitaient moderniser leurs ateliers. Nous n’aurions pas tout misé sur une éventuelle croissance, mais les investissements réalisés par le groupe sur le marché français, notamment depuis mon arrivée, font suite à une dynamique engendrée depuis bientôt quatre ans. Les changements opérés en 2024, et le travail qui a été effectué par mon prédécesseur et son équipe en 2023 nous auront permis d’améliorer nos résultats sur la France. Je suis très heureux de constater que la volonté du groupe et son courage d’investir en cette période incertaine ont apporté ces résultats positifs et prometteurs. J’ai été recruté par SCM pour consolider la croissance sur le marché français, mettre en place une structure durable et capable de soutenir notre plan de développement. Pour vous donner quelques chiffres dont nous sommes particulièrement fiers : en 2024, le groupe SCM a facturé un peu plus de 60 millions d’euros pour l’ensemble de ses activités sur ce marché, dont près de 44 millions d’euros pour le bois. Cela représente une hausse de 14 % par rapport à l’exercice précédent. D’ici trois ans, nous avons pour ambition de parvenir à un total de 90 millions d’euros, dont 60 millions d’euros réalisés par SCM au sein de la filière bois.
Qu’en est-il de vos prévisions pour l’année 2025 dans un contexte géopolitique et économique plus incertain ?
L’année 2025 s’annonce comme 2024, voire peut-être un peu plus compliquée, car elle est marquée par un marché américain qui bouleverse la Bourse et notre économie. Néanmoins, les nombreux investissements que nous avons réalisés sur la France nous apporteront des résultats certains. Après un mois de janvier plutôt mitigé, les ventes sur février, mars et avril sont très satisfaisantes et en phase avec notre plan de développement. Pour la suite, il est encore trop tôt pour se prononcer, mais nous espérons atteindre nos objectifs et nous ferons tout pour…
Quels sont les segments les plus dynamiques ?
En France, comme à l’échelle du groupe, nous attendons beaucoup du marché de la charpente. Nous possédons de nouveaux centres d’usinage, nous avons mis en place un nouveau chef produit pour le nord de la France, investi en ressources et compétences au sein du service clients avec l’embauche d’un technicien itinérant ainsi que d’un nouveau formateur. Nous avons également l’ambition d’apporter des solutions distinctes de celles du centre d’usinage pour nos clients charpentiers. Au cours des prochaines années, les perspectives de croissance pour les activités liées à la taille de la charpente seront largement supérieures aux autres activités de la filière bois. Nous serons opportunistes et chercherons à accroître notre positionnement sur ce segment de marché.
Avant votre arrivée, SCM avait fait l’impasse sur la dernière édition d’Eurobois. Comptez-vous revenir sur le salon lyonnais en 2026 ? Quelle est la politique du groupe en ce qui concerne les salons ?
Depuis plusieurs années, SCM poursuit une stratégie visant à optimiser les investissements liés aux salons. Un plan a été mis en place pour intensifier l’organisation de portes ouvertes et de tech tours directement au sein des filiales SCM à travers le monde. Je ne sais pas encore si nous participerons à Eurobois, ni sous quel format. Quoi qu’il en soit, nous serons présents en synergie avec certains de nos principaux distributeurs. J’ai toujours apprécié ce salon très dynamique et apporteur de business. Eurobois est devenu la seule biennale où les constructeurs de machines pour la filière bois peuvent réellement s’exprimer, il y a de quoi réfléchir. Un stand d’accueil, de rencontres qui pourrait de surcroît être une démonstration de style de nos solutions digitales y aurait sa place, mais je dois encore y penser et surtout convaincre.
Et concernant la Ligna ?
SCM participera cette année à la 50e édition de la Ligna ! Le groupe, qui n’a manqué aucune édition, disposera de trois stands : un premier avec les solutions « engineering », les nouveautés exposées en avant-première et les solutions digitales inédites, un deuxième dédié à l’univers de la finition avec l’ensemble des solutions du groupe pour le traitement des surfaces, non seulement celles pour la finition Superfici, mais aussi celles pour le ponçage et le pressage. Enfin, sur le troisième, les solutions d’automatisation industrielle et robotique Tecno Logica seront présentées aux visiteurs. Il sera également possible de découvrir une scie angulaire avec un robot de déchargement, des solutions de placage flexible avec un robot de triage, ou des matériels de perçage avec mécanisation associée. Comme lors de la précédente édition de Xylexpo, l’accent sera mis sur l’IOT et la digitalisation.
Le groupe SCM a récemment organisé des portes ouvertes « spéciales construction bois » en Italie au mois de mars. Ces rendez-vous plus pointus sont-ils amenés à se développer ?
Les dernières portes ouvertes de Sinalunga ont été un vrai succès et, bien évidemment, ce genre d’événement sera amené à se développer dans les prochaines années. Lors d’un salon, la convivialité est au rendez-vous, mais nos nombreux clients ne peuvent pas toujours y trouver « la » solution qui les intéresse. La croissance externe réalisée par le groupe SCM au fil du temps lui aura permis d’acquérir plusieurs sites de production basés en Italie et de maintenir ou installer des showrooms spécialisés sur ces différents sites où nos clients peuvent découvrir nos technologies en démonstration, mais également des machines en cours de montage. Cela nous démarque de bon nombre de nos confrères, car nous possédons au total cinq showrooms ultra-spécialisés et situés dans de très belles régions d’Italie sans oublier celui qui est à Vourles (69) plus généraliste.
Donald Trump a récemment annoncé de nouvelles taxes douanières à l’échelle mondiale. Quelles seront les répercussions pour le groupe SCM en général, et pour le marché américain en particulier ?
L’année 2025 s’annonce comme 2024, voire un peu plus compliquée, car effectivement marquée par les incertitudes du marché américain avec des droits de douane qui pourraient nous pénaliser. De nouvelles taxes ralentiront sûrement les investissements, mais nos collègues basés aux États-Unis rencontrent très souvent les mêmes acteurs européens, ce qui sera un moindre mal, car tout le monde souffrira. Le problème posé est surtout pour le matériel vendu en cours de fabrication ou de livraison qui serait frappé de taxes qui ne seront pas rechargeables sur des ventes déjà réalisées. Néanmoins, la croissance externe faite en 2024 avec notamment l’acquisition de la société Tecno Logica qui sera présente sur la Ligna pourrait nous aider à contrebalancer ce risque.
De combien de filiales le groupe SCM dispose-t-il aujourd’hui ? Quels sont les marchés les plus dynamiques ? L’ouverture de nouvelles filiales est-elle à l’ordre du jour ?
Avec une récente ouverture en Slovénie, nous possédons actuellement 30 filiales dans le monde, pour un chiffre d’affaires global de 900 millions d’euros en 2024. Concernant les marchés les plus dynamiques, l’Italie et les États-Unis demeurent pour l’instant des pays moteurs. Le marché français ne se porte pas trop mal et reste stratégique pour le groupe SCM.
Concernant le groupe, pouvez-vous nous en dire plus sur les derniers investissements ?
SCM a poursuivi sa politique de croissance externe en 2024 avec le rachat de deux entreprises. D’une part, l’acquisition de Tecno logica qui nous permet de renforcer notre savoir-faire en matière d’engineering industriel, et, d’autre part, le rachat de Mecal Machinery, machines pour la menuiserie aluminium qui nous assurera d’avoir une meilleure offre pour les professionnels qui réalisent des fenêtres mixtes bois/aluminium.
Comment envisagez-vous l’avenir du groupe SCM d’ici cinq à dix ans ?
Il faut être vigilant et adaptable au changement, le monde évolue très vite, peut-être trop. Je ne connais pas encore toutes les entreprises qui composent ce groupe, mais je crois qu’elles sont nombreuses. Pour ce que j’en sais et pourrais en dire concernant la filière bois, ce qui se passe en Ukraine ou aux États-Unis n’était pas prévisible, nous n’étions pas préparés à la gestion d’une pandémie, l’IA est en train de révolutionner notre façon de travailler. Je dirais que la force du groupe SCM réside en sa présence aux quatre coins du globe à travers ses multiples filiales et distributeurs en mesure de s’adresser aux particuliers, mais aussi à toutes les tailles d’entreprises avec une très large gamme de solutions pour tous les acteurs de la filière bois. Cette incroyable diversité constitue un véritable atout pour surmonter mieux que d’autres ces obstacles. SCM est un groupe qui avance, qui dispose d’un énorme savoir-faire et d’une belle notoriété. Dans cinq ans, j’imagine une offre encore plus diversifiée et, dans dix ans, j’ai bon espoir que les investissements réalisés dans l’IT et la digitalisation auront accompagné ce groupe dans la transformation vers un monde numérique dont nous ne connaissons pas bien les limites. Pour ce qui concerne la filiale française, j’espère marquer mon passage avec un style qui m’appartient et j'ai beaucoup d’espoir que l’équipe en place renforce son leadership.
Souhaitez-vous ajouter un dernier mot pour les lecteurs de BOISmag ?
Un message positif en cette période où être senior et sans emploi en France est dit « à risque ». Si certains voient en vous un collaborateur en fin de carrière un peu dépassé et non adaptable aux changements, d’autres, plus visionnaires, pourraient percevoir l’opportunité d’intégrer un puits de compétences qui pourrait devenir un véritable guide pour les plus jeunes. Je vais faire de mon mieux pour ne décevoir personne en tâchant d’être un modèle de référence pour que d’autres suivent l’exemple.