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Nous ne sommes qu’au début des possibilités offertes par le 4.0

 

Michel Loyet, président du groupe Finega

Nous ne sommes qu’au début des possibilités offertes par le 4.0

 

Le projet de scierie 4.0 a pour but d’augmenter la valorisation de la matière tout en réduisant l’impact environnemental de la production.

Où et quand le concept de scierie 4.0 a-t-il vu le jour ? 

L’idée de scierie connectée est venue de l’analyse du marché. Il y a 10 ans, nous pressentions que la 1re transformation allait évoluer vers un besoin d’offre plus globale et que les scieurs n’allaient plus acheter une seule machine mais un process complet couvrant l’ensemble de leurs besoins, du parc à grumes jusqu’au sciage. Cette analyse m’a conduit en 2013 à racheter plusieurs constructeurs de machines couvrant des besoins complémentaires. L’idée à l’époque était de trouver un moyen de faire communiquer ces machines entre elles dans un process global de scierie. C’était le point de départ de l’aventure. 

Où la première installation a-t-elle été réalisée et à quoi ressemblait-elle ? 

Nous avons réalisé notre première installation chez Aprobois, dans le Finistère. Elle a été livrée en 2015 et fonctionne toujours très bien. Quelque temps après, nous avons exporté notre technologie en Italie avec une installation made in France cofinancée par le gouvernement italien qui est un bel exemple de la reconnaissance de notre savoir-faire. Et actuellement, nous installons une nouvelle unité 4.0 en Hongrie chez un fabricant de palettes. De plus, notre modèle de scierie 4.0 a été plébiscité par le Plan de relance du gouvernement dans la catégorie « Industrie du futur ». À ce titre, nous allons concevoir quatre nouvelles installations digitalisées et connectées avec pour certaines, l’intégration d’intelligence artificielle et de deep learning sur différents sujets comme la maintenance prédictive, l’optimisation qualitative sur les machines de tête et l’empilage intelligent.

A-t-il été difficile de convaincre les scieurs de se lancer dans le 4.0 ? 

Oui, cela a été très difficile au début comme pour l’apparition de toutes les nouvelles technologies. Le 4.0 n’est pas une évolution mais une révolution. Dans les années 1900, il y a eu la machinerie. Dans les années 1960-1970, les premiers ordinateurs sont devenus des automates au service de l’industrie et, depuis les années 2000, on se dirige vers des machines connectées avec de l’intelligence embarquée. Et à chaque fois, c’est toujours aussi compliqué de passer le cap !

Comment avez-vous justement réussi à passer ce cap ?

 L’aventure du 4.0 a pu voir le jour grâce à des partenariats. Pour démarrer ce projet de scierie 4.0 nous avons monté un consortium avec quatre scieurs, l’Ademe nous a apporté une aide financière sur les coûts immatérielles liés à la mise en production de technologies innovantes, l’adaptation des process de sciage afin d’augmenter la valorisation de la matière tout en réduisant l’impact environnemental de la production. 

 On targue souvent la filière bois d’être en retard sur tout ce qui touche au numérique. Ce qui est complètement faux.  

 

Qu’en est-il aujourd’hui ? Les mentalités ont-elles évolué ?  

Même si passer au tout numérique n’est pas encore évident pour certains, c’est beaucoup plus facile à l’heure actuelle sachant que nous avons plusieurs unités opérationnelles que les futurs clients peuvent aller voir pour mesurer les gains apportés par cette nouvelle technologie. 

Quels sont les bénéfices d’une telle installation ? Est-elle adaptée à toutes les typologies de scieries ?

La scierie connectée est particulièrement adaptée aux unités à taille humaine. Elle apporte beaucoup de flexibilité par rapport aux unités traditionnelles. L’ordonnancement de la production se fait en lien direct avec le commerce et on supprime le papier! Elle optimise également le rendement matière et financier grâce à l’identification digitale de chaque grume par scanner. Sans oublier tous les avantages apportés par la maintenance prédictive et le live monitoring qui permet aux scieries de taille moyenne d’acquérir la technologie sans connaissance particulière grâce à la plateforme connectée OSIA 4.0 que nous avons développée.

Le process 4.0 s’améliore constamment. Quels sont les derniers développements mis au point et les futures évolutions ? 

Nous ne sommes en effet qu’au début des possibilités offertes par le 4.0. Aujourd’hui, le principal frein au développement des scieries connectées réside dans le débit des connexions et le stockage des data. 

Pour aller plus loin, nous venons de signer un contrat pour connecter par liaison satellitaire toutes nos scieries 4.0 installées dans le monde. Pour assurer le développement de ces nouveaux métiers, nous avons « repackagé » la société Ciris, basée à Bordeaux et spécialisée dans l’ingénierie. Cette startup disposera bientôt d’une quinzaine de développeurs spécialisés dans le 4.0, disposant de compétences dans la vision intégrée et l’intelligence artificielle. On targue souvent la filière bois d’être en retard sur tout ce qui touche au numérique. Ce qui est complètement faux. Nous sommes partis du constat que la technologie 4.0 développée pour les professionnels du bois allait bien au-delà de ce qui existait dans d’autres secteurs. Nous allons donc, d’ici la fin de l’année, proposer cette technologie aux professionnels du bois mais aussi à l’ensemble des secteurs industriels intéressés. Grâce à un partenariat avec BPI France, nous sommes en train de réaliser une levée de fonds pour continuer à avancer sur tous ces sujets de l’industrie 4.0 au travers de notre plateforme digitale Osia 4.0.  

Comment imaginez-vous la scierie 4.0 du futur ? 

À quoi ressemblera-t-elle dans 20 ans ? Même si l’avenir est difficile à imaginer, il est certain que nous allons vers des machines intelligentes qui sauront remplacer les hommes sur des tâches ou des postes difficiles pour, notamment, supprimer la pénibilité au travail. Parallèlement, de nouveaux métiers vont apparaître dans les secteurs de l’organisation ou de l’ordonnancement. Il y aura logiquement une meilleure maîtrise de l’informatique de la part de l’ensemble du personnel. J’imagine des unités digitalisées sans back-office fortement automatisées et connectées, installées près de la ressource forestière qui pourront être pilotées à distance comme des scieries satellites… Aujourd’hui les jeunes voient les choses différemment, il est donc essentiel de leur proposer dès maintenant les outils de demain. 

Propos recueillis par Adèle Cazier