Le plus important est de choisir le bon produit pour la bonne application

Le plus important est de choisir le bon produit pour la bonne application

À l’occasion de ses 20 ans, BOISmag poursuit ses interviews sur l’avenir de la filière. Vous pourrez découvrir dans ce numéro un nouvel entretien avec Bernard Constant et Matthieu Barrière, directeur commercial et responsable R&D et réglementation chez Obbia, consacré au traitement et à la finition du bois.

 

Bernard Constant

 

 

 

Matthieu Barrière

Obbia a créé une nouvelle gamme de produits Éco-responsables à base de matières premières renouvelables.

Pouvez-vous, en quelques mots, nous retracer l’histoire d’Obbia ?

Bernard Constant : La société Obbia est née en 1989 et était à l’origine spécialisée dans les produits de traitement insecticide et fongicide à destination des industriels. Au tournant des années 1990, l’entreprise s’est diversifiée en développant une gamme de produits de finition solvantés avec, notamment, l’élaboration d’une lasure spécifique pour les lamellistes utilisable en phase chantier, qui répondait à leurs attentes. Aujourd’hui, l’entreprise propose une large gamme de produits de traitement et de finition pour l’intérieur et l’extérieur. Elle compte 15 salariés et réalise un chiffre d’affaires de 2,5 millions d’euros auprès des industriels, mais également des négociants.

Quand les premiers produits de finition en phase aqueuse sont-ils apparus ? A-t-il été difficile de convaincre les applicateurs de changer leurs habitudes ?

Matthieu Barrière : Les premiers produits en phase aqueuse sont apparus dans les années 1990 et, au départ, il a été assez difficile de prouver que l’on pouvait obtenir de bonnes performances avec ce type de produits. À l’époque, les professionnels appréciaient le fait que ces produits n’aient pas d’odeur, mais émettaient des doutes sur leurs performances et leur esthétique. Avec des produits solvantés, le séchage était plus adaptable, mais bien plus long. Ce qui n’était plus le cas avec les produits à l’eau dont le séchage est plus rapide, mais aussi plus universel. Heureusement les choses ont évolué favorablement concernant la durabilité et l’esthétique et, aujourd’hui, nous ne développons plus de nouveaux produits solvantés.

B.C. : Il y a quelques années, les lamellistes étaient très attachés à leurs convictions, mais nous sommes parvenus à les faire changer d’avis. En outre, la nouvelle réglementation COV, bien intégrée par les professionnels, nous a fait beaucoup de bien. Résultat, les produits en phase aqueuse représentent désormais plus de 90% de nos ventes.

Entre les huiles, les lasures, les saturateurs, les cires et autres vernis, il existe aujourd’hui une multitude de produits et de formulations présentes sur le marché. Comment bien s’y retrouver ?

B.C. : Le plus important est de choisir le bon produit pour la bonne application. Par exemple, il ne faut pas mettre une lasure sur une terrasse car le film s’abîme et le résultat sera rapidement catastrophique. Dans ce cas, il faudra privilégier l’emploi d’un saturateur. Concernant le choix des produits, les professionnels sont bien au courant. Cependant, l’application du produit est également déterminante. Enfin, de nombreuses personnes veulent souvent appliquer des produits incolores à l’extérieur afin de garder l’aspect d’origine du bois. Ceci est une bêtise car moins un produit est pigmenté, moins il va durer dans le temps. Un gros travail de communication reste donc à faire et on se bat pour faire passer le message.

À l’image de certains de vos confrères, vous avez récemment sorti une nouvelle gamme Éco-responsable. En quoi est-elle différente de vos références en phase aqueuse ?

M.B. : Nous avons en effet lancé notre gamme Éco-responsable pour les négoces lors du salon Artibat. Cette gamme, composée d’un saturateur, d’une lasure, d’un vitrificateur et d’une huile pour parquet, se distingue de nos précédents produits car elle est formulée à partir de matières premières renouvelables, qui sont pour la plupart à base d’huiles végétales. Pour aller plus loin dans notre démarche, nous avons souhaité intégrer un côté « éthique » à cette gamme en sélectionnant des matières premières européennes, sans transiger sur la qualité des produits.

B.C. : L’idée de cette gamme est de proposer des produits durables, performants, à faible impact environnemental en trouvant toujours un bon équilibre entre durabilité, prix et biosourcé. Aujourd’hui, la couleur verte attire, le bio aussi, mais il faut aller plus loin.

Comment imaginez-vous l’avenir de la filière et celui des produits de traitement et de finition ?

B.C. : Nous sommes et seront confrontés à plusieurs problèmes dans l’industrie. Aujourd’hui, dans le secteur de la menuiserie, de plus en plus de produits sont livrés finis sur chantier. La finition est donc réalisée en atelier mais malheureusement certains industriels ne respectent pas les diverses préconisations pour gagner du temps, ce qui peut entraîner des problèmes d’application et des contraintes supplémentaires liées à l’emballage et au transport. À ce jour, notre objectif principal est toujours d’améliorer nos produits afin d’optimiser leurs procédés de finition. Il faudrait planter directement des arbres en 9010 ou en 7016 pour leur faire gagner du temps!

M.B. : Un autre problème majeur concerne l’avenir des traitements du bois avec le durcissement de la réglementation sur les produits biocides qui interdit certaines molécules nécessaires au traitement du bois. À terme, se profile une pénurie de molécules utilisables qui auront la même efficacité. Aujourd’hui, l’ensemble de la profession est très embêté et se pose la question suivante : comment traiter le bois correctement avec les molécules qui vont nous rester ? Les fabricants n’arrivent plus à se projeter car les prix pour faire de nouvelles AMM sont exorbitants, les coûts de certifications élevés et la durée de vie des futurs procédés très courte avant un futur « retoquage » ! Certes, le tri effectué par la réglementation biocide est fait pour de bonnes raisons, mais les doutes sur le renouvellement ou non des substances actives autorisées nous préoccupent. Les adhérents du SPB (Syndicat de la Préservation du Bois) travaillent néanmoins sur cette thématique afin de proposer des solutions pérennes pour que le bois traité reste le matériau vert par excellence.

À terme, se profile une pénurie de molécules utilisables pour le traitement du bois qui auront la même efficacité.

De nombreux professionnels du bois et certains spécialistes du traitement et de la finition du bois ont subi des pénuries de matières premières. Comment avez-vous traversé la crise de ses derniers mois ?

B.C. : Pour avoir connu des phénomènes similaires lorsque je travaillais dans l’acier, j’ai senti dès le premier confinement que la situation allait devenir difficile. Nous avons donc pris la décision d’anticiper les choses et de commander l’équivalent de 18 mois de stock de matières premières. Nous avons même loué un local pour entreposer tous ces stocks de produits! Aujourd’hui, nos délais de livraisons n’ont pas augmenté et nous avons passé cette crise haut la main, contrairement à certains de nos confrères qui ont davantage souffert du manque de matières premières.

Souhaitez-vous ajouter un message à l’attention des professionnels du bois ?

B.C. & M.B. : On espère que cette crise sanitaire va finir par se tasser pour repartir sur les chapeaux de roues et profiter de 2022 pour lancer notre gamme Éco-responsable auprès des industriels.

Propos recueillis par Adèle Cazier