Bonne tenue du marché, portée par la dynamique immobilière

Bonne tenue du marché, portée par la dynamique immobilière

D’après Jean-Louis Camici, président de LCB et vice-président d’Innovation et Solutions Bois, « le marché de la construction bois se porte bien, et l’avenir est radieux! Les produits écosourcés et puits de carbone sont au cœur des préoccupations des Français, en particulier le bois. » « Tous nos clients ont beaucoup de travail, sous l’effet de la nouvelle réglementation thermique RE2020, confirme Gilles Schimpf, gérant de la structure commerciale de Hundegger France (centres d’usinage à commande numérique pour la construction bois). Le carnet de commandes s’étale sur 18 mois : un niveau rarement atteint. Mais il faut aussi relativiser, car il y a un effet rattrapage après le coup d’arrêt lié à la pandémie, et l’État a dispensé de nombreuses aides cette année dans le cadre du plan de relance. » Les secteurs actuellement les plus dynamiques : les extensions, surélévations et agrandissements, « où le bois représente 30% de parts de marché, et continue à progresser », commente Jean-Louis Camici.

Le marché de la construction bois se porte bien, et l’avenir est radieux ! Les produits écosourcés et les puits de carbone sont au cœur des préoccupations, le bois étant un élément principal – Jean-Louis Camici, président de LCB et vice-président
d’Innovation et solutions Bois

Pour des surélévations ou de nouvelles pièces dans les jardins, « le bois est une solution idéale, garantissant un chantier propre et rapide, détaille Éric Toppan, coordinateur de l’observatoire et de la veille économique mutualisée pour la filière forêt-bois. Il n’y a pas de séchage, les éléments peuvent être conceptualisés et préfabriqués en atelier. De surcroît, ce sont des solutions esthétiques, laissant la part belle aux ouvertures, aux baies vitrées et aux puits de lumière, sans parler des avantages thermiques. Il y a dix ans, le bois était tendance. Aujourd’hui, il est bien plus qu’une mode, mais une évolution structurelle durable, correspondant aux attentes actuelles, à la fois réglementaires et sociétales ». La période de Covid a généré un niveau record de transactions immobilières en 2020 et 2021, à chaque fois au-delà du million de signatures. « Beaucoup d’acheteurs ont souhaité quitter de petits appartements en milieu urbain dense pour trouver plus d’espace en périphérie ou à la campagne. Ces transactions ont entraîné des travaux de surélévation, d’extension et de rénovation », constate-t-il. Ces travaux « très dynamiques pendant les périodes de confinement, ont un peu ralenti en cette fin d’année 2021 par rapport à fin 2020, tempère Thomas Seve, directeur général et directeur commercial de Monnet Seve-Sougy. Cela ne signifie pas que la situation est mauvaise, mais nous n’avons plus ce surplus d’activité ». Les réagencements d’appartements font aussi appel de façon soutenue au bois. « Les entreprises de rénovation –menuiseries, agencements intérieurs, parquets…- enregistrent un niveau d’activité historique », souligne Éric Toppan. Côté maisons individuelles, le bois pèse 10% de parts de marché, « avec une progression forte prévue sur le court et moyen terme ».

Sur le segment du logement collectif et du tertiaire, la construction bois reste encore en retrait, avec 4% du business, «mais les notions environnementales et l’outil législatif vont nous aider à croître », assure Jean-Louis Camici. « Sur ce segment, on part de loin, concède Éric Toppan. Les promoteurs et constructeurs n’étaient pas assez sensibilisés. Il a fallu faire connaître les propriétés et les avantages intrinsèques du bois. Ce travail de fond, mené par les organisations interprofessionnelles et les fédérations, porte ses fruits. Les lignes commencent à bouger. » Sur le non-résidentiel (bâtiments industriels et agricoles), le bois représente 20 à 25% des parts de marché, avec des prévisions de croissance moins marquées. Un marché d’avenir se profile : les Ehpad et les écoles (6% en bois en construction neuve à ce jour dans le tertiaire). « Quand on se trouve dans un bâtiment en bois, on s’y sent bien. C’est important, a fortiori pour nos jeunes et nos aînés. Les mairies expriment une demande de plus en plus forte pour la construction bois », anticipe Éric Toppan.

Avec la RE2020, les niveaux d’émissions de carbone devront être réduits de 15 %, puis de 25 %, dans les futures constructions – Éric Toppan, coordinateur de l’observatoire et de la veille économique mutualisée pour la filière forêt-bois.

L’impact positif de la RE2020

L’entrée en vigueur de la RE2020, à partir du 1er janvier, est de nature à doper la construction bois. «Avec la RE2020, les niveaux d’émissions de carbone devront être réduits de 15%, puis de 25%, dans les futures constructions, rappelle Éric Toppan. Pour y parvenir, il est évident qu’il faudra utiliser plus de bois dans les immeubles collectifs et tertiaires. D’autant plus que techniquement, il n’y a plus de difficulté. On sait désormais réaliser des immeubles de grande hauteur. De plus en plus d’entreprises choisissent le matériau bois pour la construction de leur nouveau siège social. »

La veille économique mutualisée lance une étude visant à quantifier l’impact de la RE2020 sur l’utilisation du bois dans la construction à l’horizon 2030. Les résultats seront connus au 2e trimestre 2022. « Pour atteindre les seuils exigés par la RE2020, les solutions mixtes seront privilégiées : socles en béton, structures supérieures en bois, acier et verre, anticipe Jean-Louis Camici. L’idée étant de tirer le meilleur parti des qualités propres à chaque matériau, le bois étant par nature le plus vertueux en matière de stockage de carbone, mais il a bien sûr beaucoup d’autres atouts. »

La filière prête sur le plan technologique

Avec ses ressources en bois, son tissu de PME et d’ETI, et ses écoles d’ingénieurs reconnues, «la filière bois française n’a aucune raison de ne pas relever le défi posé par sa croissance !», affirme Olivier Guillard, responsable produits menuiserie charpente ponçage chez Biesse-France. Parmi les améliorations, «les définitions de produits, les méthodes de montage sur les chantiers, les contraintes de pose de nouveaux produits à gérer en fabrication et sur les chantiers». Pour Julien Lamoulie, responsable du secteur charpente-ossature-bardage à l’Institut technologique FCBA, « la filière est préparée. Les outils existent, notamment l’évaluation de l’impact carbone des composants de construction. La filière s’est dotée d’outils collectifs qui permettent d’optimiser et d’améliorer la déclaration des performances environnementales des produits de construction bois. Chaque composant doit faire l’objet d’une déclaration, et les entreprises peuvent les personnaliser par rapport à leurs outils ». Jean-Louis Camici souhaite le montage de consortiums entre PME et ETI, « pour construire autre chose que des maisons individuelles, et aller vers des bâtiments recevant du public et des immeubles de grande hauteur ». L’arrivée des grands promoteurs immobiliers dans la construction bois va amener à professionnaliser la filière. Les promoteurs vont amener leur expertise dans la mise en place de grands projets, et aider à répondre à des appels d’offres d’envergure.