Comment la construction bois fait sa révolution

Comment la construction bois fait sa révolution

Logiciels, machines à commande numérique, connecteurs, bois techniques et produits d’ingénierie… Les produits au service de la construction bois évoluent, contribuant à moderniser la filière construction bois tricolore, et à venir concurrencer les autres matériaux.

Moins importer les bois techniques et les produits d’ingénierie pour créer une filière industrielle nationale de la construction bois. C’est le défi majeur des acteurs de la construction bois déjà engagés sur la voie. L’idée est d’accélérer sur des segments tels que les préfabriqués en bois, les usines CLT, les lamellés-collés et croisés, les bois massifs reconstitués… «Autant de solutions utilisables sur les chantiers, facilement et rapidement », insiste Éric Toppan, coordinateur de l’observatoire et de la veille économique mutualisée. L’expert est positif, faisant référence à la multiplicité de projets d’investissements, « se chiffrant à plusieurs centaines de millions d’euros en cumulé. Il y en a plein les cartons ! ». Des industriels comme PiveteauBois font figure de pionniers, avec le lancement, dès 2018, de la fabrication de panneaux CLT Hexapli, au sein d’une nouvelle usine en Vendée. Entièrement automatisé, ce centre de production de 10 000 m2 intègre l’ensemble des processus nécessaires à la fabrication de ces produits d’ingénierie, depuis l’aboutage des lamelles de bois, au collage, à l’usinage complet des panneaux puis à l’application de finitions. Un exemple à suivre, d’après Jean-Louis Camici (Le Commerce du Bois). « Il y a un besoin de CLT dans la construction bois. Avant l’initiative de PiveteauBois, la grande majorité du CLT provenait d’Allemagne et d’Autriche. » L’effet du plan de relance du gouvernement (200 millions d’euros de France Relance fléchés vers le secteur bois-forêt) joue un rôle de levier pour enclencher les projets. Les mécanismes de séchage, gérés par informatique, se généralisent, « pour éviter que les bois ne s’altèrent, se fendent et se vrillent. Beaucoup de scieries françaises ont acquis des séchoirs, ce qui représente, à chaque fois, des millions d’euros. C’est indispensable pour répondre à la dynamique de la construction », décrit Éric Toppan. Si le mouvement est amorcé, il estime qu’il faut accélérer. « La demande est là, et les exigences de la RE2020 vont vite arriver. En face, il faut investir pour produire des bois d’ingénierie dont on a besoin, en sachant qu’on en importe une bonne partie à ce jour. » Dans des pays cités en exemple en matière d’industrialisation de leur outil, comme l’Allemagne ou l’Angleterre, « la construction bois s’est développée, pour atteindre entre 15 et 20% de parts de marché ». Il y a donc une corrélation entre la modernisation de l’outil, d’une part, et la progression du marché, d’autre part.

Il y a un besoin de CLT dans la construction bois. Avant l’initiative de PiveteauBois, la grande majorité du CLT provenait d’Allemagne et d’Autriche. – Jean-Louis Camici, président de LCB et vice-président d’Innovation et Solutions Bois.

Des investissements lourds en perspective

L’augmentation des prix du bois a un avantage, côté industriels. « Du fait de l’augmentation des prix, des scieries vont pouvoir investir, et mieux répondre à la demande sur les produits de première transformation et les produits techniques, constate Thomas Sève, directeur général et directeur commercial du groupe Monnet-Sève Sougy. L’industrie du bois exige des investissements importants. Il y a urgence que la filière française investisse dans de nouveaux produits et de nouveaux systèmes de production ; des pays comme l’Allemagne l’ont compris depuis longtemps ». Monnet-Sève Sougy a ainsi investi de l’ordre de 15 millions d’euros en 2021. Une scierie ariégeoise, tout juste rachetée et employant 90 salariés, est modernisée, avec l’installation d’un classeur, empileuse automatique permettant d’accélérer la production et d’améliorer le travail.

Les logiciels de conception et de calcul sont aujourd’hui indissociables du développement de la construction bois.

Continuer à produire en France

Les services R&D travaillent à l’élaboration de systèmes de plus en plus faciles à poser, que ce soit des éléments de décoration en bois, des systèmes de fixation ou de débit… «Le but, c’est que tout le monde puisse poser des parquets ou des lambris, avec très peu d’outils, résume Jean-Louis Camici (ISB). Nous avons aussi cette démarche pour la pose facile de bardage, afin de faire gagner du temps à des artisans ou aux constructeurs, dans la mise en œuvre des vêtures extérieures. » De manière générale, ISB investit « pour fabriquer de plus en plus de produits techniques  : découpes de panneaux, découpes à façon pour les chantiers, outils de transformation plus performants, usine de rabotage… L’enjeu, c’est de continuer à produire en France ! ». Pour monter en puissance sur les bois techniques, il faut aussi s’en donner les moyens en matière de logiciel de calcul. « Les bois techniques requièrent des besoins forts de calcul. Sur les chantiers, la précision est inférieure au millimètre. Nous faisons monter en puissance des logiciels de calcul de dimensionnement des bâtiments. Pour chaque produit, les dimensions et les sections sont différentes. De plus en plus d’industriels et de charpentiers s’équipent », décrypte Jean-Louis Camici. Autre outil devenu indispensable pour franchir le pas, les machines à commande numérique, qui per[1]mettent de gagner en précision. «Aujourd’hui, les débits sont plus complexes, avec des entures, des perçages de boulons en couronnes et des usinages complexes », détaille-t-il. Loin de l’image traditionnelle du charpentier avec sa hache, la construction bois est au contraire à la pointe des nouvelles technologies, « utilisant les logiciels de calcul et les machines à commandes numériques, et employant beaucoup d’ingénieurs pour les programmer ». « La numérisation des entreprises de la construction bois s’est faite plus fortement que dans le reste de la construction, relève Éric Toppan. Comme on tend vers de plus en plus de préfabrication, il y a de plus en plus d’ingénierie en amont. Les solutions qui arrivent sur les chantiers intègrent l’ingénierie. »

 Aujourd’hui, les débits sont plus complexes, avec des entures, des perçages de boulons en couronnes et des usinages complexes - Jean-Louis Camici, président de LCB et vice-président d’Innovation et Solutions Bois.

Hundegger produit des machines toujours plus imposantes capables de tailler tous types de sections.

Nouveaux métiers

Quant aux fixations, l’évolution tend également à une réduction maximale des temps de fabrication et de pose. Pour gagner en compétitivité et faire face à la demande exponentielle, «mais aussi pour pallier les problèmes de recrutement de main-d’œuvre ». Plusieurs produits sont voués à se développer, d’après Le Commerce du Bois  : panneaux de particules, isolations en fibre de bois, panneaux OSB (Oriented Strand Board) constitués en copeaux de bois, « avec une résistance mécanique accrue. Ces produits servent comme panneaux de contreventement, mais aussi en remplissage », glisse Jean-Louis Camici. L’intérêt de ces panneaux : ils utilisent des parties moins nobles de l’arbre (branches et souches), et du bois recyclé. En pleine révolution, la construction bois se découvre de nouveaux métiers  : data analyst, ingénieur en efficacité énergétique ou encore reuse manager (spécialisé dans la réutilisation des produits). Les nouvelles compétences seules ne suffiront pas. Il faut aussi raisonner autrement, « en s’appuyant davantage sur les architectes, les producteurs et les prescripteurs. C’est une attitude à avoir désormais, car on va vers de grands bâtiments en bois », comme en atteste le futur Village olympique de Paris 2024.

Par Hubert Vialatte