Au Brésil, l’Amazonie se gère avec des concessions

Au Brésil, l’Amazonie se gère avec des concessions

À l’occasion d’un événement organisé à l’ambassade du Brésil, le Service forestier brésilien (SFB) a présenté son système de concessions des forêts à un parterre de professionnels de la filière bois. Présentation.

Le timing de l’événement a de quoi soulever les interrogations. Très décrié, bien qu’élu haut la main en octobre 2018, Jair Bolsonaro, président d’extrême droite du Brésil, fait beaucoup parler de lui dans tous les domaines. Mais il en est un qui revient régulièrement sur le devant de la scène médiatique : l’Amazonie. Symbole du pays, la plus vaste forêt du monde demeure un enjeu majeur, sur le plan financier pour le pays, et sur le plan environnemental pour la planète. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’en termes d’exploitation et de climat, le président ne cache ni ses convictions ni ses ambitions. Publiés en septembre suite aux importants feux de forêt qui ont frappé l’Amazonie cet été, les chiffres sont pourtant éloquents : le taux de déforestation sur le mois d’août 2019 a augmenté de 222 % par rapport à août 2018, et de 278 % pour juillet. Certes, ces données restent très loin des vastes campagnes de déboisement datant du début des années 1990 et 2000, mais le contexte environnemental, les décisions prises et les polémiques diverses n’ont aidé en rien, avec, en vrac, les nouvelles “libertés” données aux orpailleurs clandestins, l’extension des terres agricoles, la réduction du budget du ministère de l’Environnement et, par conséquent, la coupe des subventions aux organes de contrôle tels que l’Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles (Ibama). Sans oublier les ONG qui sont accusées d’avoir provoqué les incendies pour se venger des pertes de subventions publiques, ou la démission forcée du directeur de l’Institut national de recherche spatiale du Brésil (INPE), coupable, selon le président, d’avoir biaisé les chiffres précédemment cités…

Une neutralité du discours

Un contexte délicat donc, qui n’a pas fait reculer le Service forestier brésilien (SFB), invité à l’ambassade du Brésil à Paris par l’Agence pour la promotion de l’exportation (Apex) et Le Commerce du Bois (LCB), pour une présentation de… la production forestière durable dans les forêts publiques brésiliennes. Une présentation osée, qui a malgré tout trouvé son public avec une trentaine de professionnels de la filière et membres de LCB ayant fait le déplacement. Cette présentation a été assurée par Cristina Galvão Alves. Ingénieure forestière, docteure en sciences forestières et diplômée d’un master en science des forêts tropicales, elle est surtout fonctionnaire du SFB, sorte d’ONF à la sauce brésilienne. En partant de ce postulat, deux options se présentaient : soit un éloge politisé, acquis à la cause d’un président qui a su placer nombre de ses aficionados parmi les services du gouvernement; soit, à l’inverse, un discours tirant à boulet rouge sur celui qui coupe les budgets (en plus des arbres). Surprise : aucun des deux scénarii ne s’est pourtant produit! Cristina Galvão Alves s’est “contentée” d’effectuer une présentation policée, presque scolaire. Et le peu de questions tournant autour de sujets tendancieux a été habilement esquivé. Il n’en reste pas moins un état des lieux intéressant sur la situation des concessions forestières au Brésil, à commencer par la présentation de quelques chiffres par zones géographiques (voir encadré page suivante).

Un système bien encadré

Au Brésil, le processus de concessions forestières se déroule par étapes. La procédure démarre par le Plan annuel de concessions forestières (PAOF), établi par les pouvoirs publics. Ensuite, des études techniques sont effectuées pour analyser la faisabilité économique du projet. L’appel d’offres est publié dans la foulée et la concession est attribuée au meilleur candidat, selon différents critères. Le contrat de concession est signé avec l’autorité publique responsable de la parcelle (État fédéral, État départemental ou municipalité) pour une durée de quarante ans. Sous le contrôle du SFB, la concession est placée sous système de surveillance afin de vérifier que les engagements pris par le concessionnaire sont bien respectés. « La transparence du processus de concessions forestières est assurée par le Rapport de gestion des forêts publiques et par la Commission de gestion des forêts publiques, précise Cristina Galvão Alves. Les propositions de réglementation de la loi sur l’aménagement forestier public et les résolutions du Conseil des directeurs du SFB sont soumises à des consultations publiques. Les appels d’offres sont également présentés lors de réunions techniques et débats publics dans les municipalités où les forêts sont concédées. » Depuis le premier contrat de concession forestière signé en 2008, le SBF a paraphé 18 contrats au total pour une surface de plus d’un million d’hectares dans les États du Rondônia et du Pará. 906 000 m3 de grumes ont ainsi été récupérés, tandis que le montant des redevances distribuées au SFB, aux États et aux dix municipalités concernées, s’est élevé à 16,4 millions de dollars.

Big Brother ou Grande Irmão?

« La pratique de la gestion forestière accordée aux concessionnaires est une activité soumise à une licence d’exploitation forestière délivrée par l’Ibama », rappelle à juste titre Cristina Galvão Alves. En résumé, une licence d’exploitation est délivrée si, et seulement si, le plan de gestion forestière a été approuvé en amont par l’agence brésilienne. Ces autorisations sont à renouveler chaque année, tandis que l’Ibama réalise annuellement une visite technique sur zone afin de vérifier le respect des exigences techniques et légales déterminées lors de l’émission de la licence. « Aussi, le transport du lieu d’origine des grumes jusqu’à l’unité de transformation, puis au lieu d’exportation, est contrôlé au moyen de Documents d’origine forestière (DOF) », précise l’ingénieure. Le SFB effectue également des visites techniques et du contrôle de documents, notamment via le Système de chaîne de traçabilité (SCC) qui identifie le chemin parcouru par le bois depuis l’abattage jusqu’à sa transformation. Surtout, le SFB opère une surveillance continue tout au long de l’exécution du contrat de concession grâce aux radars et images satellites. Pour ce faire, il dispose de deux outils modernes : le Detex, un système de détection d’exploitation de forêts qui permet de contrôler les routes, les parcs de stockage et les ouvertures de la canopée par des images satellite ; et le Lidar, un radar qui permet d’obtenir des informations topographiques et sur la végétation via des capteurs aéroportés, afin de cartographier le terrain sous les arbres, leur hauteur, et la structure de la canopée. Et Cristina Galvão Alves de conclure : « Le régime de concession forestière protège ces zones contre les incendies, les invasions de terres, les vols de bois, et contribue à éliminer le commerce illégal du bois et à générer des emplois et des revenus au niveau des États et des municipalités. » Une belle promesse que l’on espère voir s’étendre à encore plus de surface forestière !

La forêt en chiffres

Le Brésil représente un territoire de 851 millions d’hectares, soit environ 13 fois la surface de la France, dont 59 % sont recouverts de forêts plantées ou naturelles. Toutes les forêts publiques sujettes à concessions se situent en Amazonie, pour une superficie de 17,2 millions d’hectares, soit 5,6 % des forêts publiques disponibles dans le pays. Elles appartiennent au gouvernement selon trois niveaux : fédéral, départemental ou municipal. Ces concessions forestières sont gérées par le SFB, créé en 2006 suite à la loi encadrant les concessions publiques. Pour Cristina Galvão Alves : « Les normes applicables à la gestion forestière pour la production de bois se réfèrent à l’ensemble des activités liées à la cartographie des forêts et des arbres, à la planification de l’abattage des arbres, au traitement des grumes, ainsi qu’à la construction d’infrastructures. » Ainsi, selon les normes, l’extraction de bois doit varier entre 21 et 30 m3 par hectare, avec des cycles de coupe compris entre 25 et 35 ans, soit des volumes similaires à la récolte de 4 à 6 arbres par hectare de forêt pour chaque cycle de coupe.

Brice-Alexandre Roboam