Le gouvernement parie sur le bois

Le gouvernement parie sur le bois

Le 19 avril dernier, les représentants des ministères de l’Agriculture, de la transition écologique et de l’Économie étaient aux côtés du président du CSF Bois, Luc Charmasson, à l’occasion de la signature d’un avenant au contrat de filière dans le cadre du plan de relance post-Covid. Décryptage.

 

Réunis autour de Luc Charmasson à Bercy il y a quelques semaines, Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture, Agnès Panier-Runacher, ministre déléguée chargée de l’industrie, et Emmanuelle Wargon, ministre déléguée chargée du logement, ont réaffirmé leur soutien à la filière forêt-bois en proposant un avenant « porteur de projets » au Contrat stratégique de filière établi en 2018. Centrée sur trois « objectifs majeurs », cette actualisation permettra de mettre en œuvre le volet forestier du plan France Relance présenté à la fin de 2020 : « Avec le plan France Relance doté de 200 millions d’euros pour la forêt et le bois, nous portons une stratégie ambitieuse pour nos forêts, fondée sur son renouvellement et son adaptation au changement climatique, explique Julien Denormandie. Reposant sur l’engagement de chaque maillon de la filière forêt-bois, elle nous permettra à terme de replanter 50 millions d’arbres [et] d’investir dans les entreprises [de l’] aval. Ces engagements de l’ensemble de la filière, accélérés par le plan France Relance, sont l’illustration du dynamisme de tous les acteurs de la chaîne au service de la transition bas-carbone. »

Le bois, un matériau vecteur de la décarbonation du bâtiment

Premier axe central de cet avenant, « l’optimisation du puits de carbone du secteur forêt-bois au service des transitions écologiques et bas-carbone ». Avec l’entrée en vigueur de la RE2020 prévue au 1er janvier 2022, la décarbonation du secteur du bâtiment devient une priorité pour le gouvernement qui s’est fixé des objectifs ambitieux dans le cadre de sa Stratégie nationale bas-carbone [– 49 % de GES à l’horizon 2030 et la neutralité carbone pour 2050 NDLR]. Sachant que le bois jouera un rôle clé dans la future réglementation environnementale qui, pour la première fois, encourage « la mixité des matériaux » en valorisant notamment la construction bois et biosourcée afin de stocker le carbone. Dans ce contexte propice au bois, la filière est déjà en ordre de bataille et se dit « prête à relever ce défi » grâce à la mise en place d’un plan Ambition bois 2030 fondé sur dix engagements stratégiques portant sur la formation, la replantation ou le développement de l’offre de produits (voir édito BM n°197). Ce plan permettra aux professionnels de la forêt et du bois d’augmenter progressivement la part du bois dans le secteur de la construction. « La filière bois est en effet un de nos atouts pour réussir la décarbonation de notre économie, souligne Agnès Pannier-Runacher. À l’heure où nous offrons à la filière des perspectives de marché nouvelles dans la construction, il convient donc de lui donner les outils permettant d’en faire une filière compétitive. Je salue la signature aujourd’hui de l’avenant au contrat stratégique de filière qui engage les parties prenantes dans une démarche vertueuse d’adaptation aux défis du secteur et d’accompagnement des compétences. »

Rendre la filière compétitive

Autre axe majeur de cet avenant, « une mobilisation renforcée de la filière et de l’état en faveur de la souveraineté industrielle de la France [grâce à] un soutien aux implantations industrielles et à la relocalisation d’unités de transformation de bois ». Dans les faits, cette « mobilisation renforcée » se traduira par une enveloppe gouvernementale de millions d’euros allouée à l’Accélérateur de croissance filière bois pour les PME et les ETI. Une enveloppe qui permettra à cet outil, piloté par Bpifrance avec l’appui du CSF Bois, d’accueillir deux nouvelles promotions de 30 dirigeants.

Enfin, le troisième et dernier axe concerne le lancement d’un appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour le développement de produits bois et de systèmes constructifs bois innovants qui « sont appelés à se développer de manière significative d’ici à 2035 avec la croissance de la demande intérieure », rappelle Bercy. De fait, cet AMI suppose « une coopération intra et inter-filières pour renforcer les compétences, et optimiser le fort potentiel d’emploi du secteur forêt- bois, notamment en milieu rural ». Ouvert jusqu’au 13 juillet 2021, il vise à identifier l’ensemble des projets pouvant contribuer au changement d’échelle de l’offre industrielle d’éléments techniques dans la construction neuve comme en rénovation. Petite spécificité, ces projets « devront concourir à l’objectif de souveraineté nationale, avec la valorisation de la ressource forestière française transformée sur le territoire ». Dans les mois à venir, des propositions sont donc attendues concernant la phase de production industrielle du matériau bois transformé (panneaux, poutres, lamellé collé, CLT…) et la phase de préfabrication d’éléments constructifs en bois.

« C’est une réunion importante qui s’est tenue aujourd’hui pour la filière bois, et notre mobilisation témoigne de la valeur que le gouvernement attache à cette ressource naturelle, conclut Agnès Pannier-Runacher. À l’heure où nous offrons à la filière des perspectives de marché nouvelles dans la construction, il convient donc de lui donner les outils permettant d’en faire une filière compétitive. »

Adèle Cazier