“Il y a un bel horizon pour la filière bois” Édouard Ducerf, PDG du groupe Ducerf

“Il y a un bel horizon pour la filière bois” Édouard Ducerf, PDG du groupe Ducerf
Pouvez-vous nous présenter le groupe Ducerf en quelques mots ?

Ducerf est une entreprise familiale qui a aujourd’hui 136 ans. Il y a deux ans, le groupe a changé de gouvernance et mon cousin, ma cousine et moi avons repris la direction de l’entreprise en représentant la 5e génération. Nous avons deux activités principales que sont la première et la deuxième transformation du bois, et nous nous approvisionnons dans un rayon de 300 à 350 km pour la 1re transformation, et sur l’ensemble de la France pour la 2e transformation.

Comment s’organisent vos activités de 1re et de 2e transformation du bois ?

Concernant la 1re transformation, nous scions du chêne à 95 %. Nous disposons de trois sites de production, dont un site principal à Vendenesse-lès-Charolles (Saône-et-Loire) où nous scions 140 m3 par jour, et deux sites secondaires situés dans la Nièvre et en Haute-Saône. Nous proposons des produits classiques de scierie tels des plots, des dépareillés, des avivés, des charpentes ou des traverses. Pour la 2e transformation, nous travaillons davantage d’essences en plus du chêne : lehêtre, le peuplier ou le frêne, ce qui nous permet de proposer une gamme de panneaux massifs, 3 plis ou en lamellé-collé pour l’agencement, des carrelets LCA pour la menuiserie et une gamme extérieure de bardages et terrasses. Tous ces produits sont conçus sur deux sites de production à Charolles et près de Dijon.

Quels sont les principaux débouchés de vos produits ?

Que ce soit pour la 1re ou la 2e transformation, nous réalisons en moyenne 50 % de notre chiffre d’affaires à l’export. En Europe, nous travaillons principalement avec l’Allemagne, la Suisse, la Belgique et le Royaume-Uni. Pour ce qui est du grand export, nos produits partent essentiellement vers l’Asie, que ce soit en Chine, au Vietnam, en Thaïlande, en Malaisie ou en Inde. Enfin, on observe aussi parfois l’apparition de marchés de niche comme le Qatar. En 2020, nous avons réalisé un chiffre d’affaires de 35 millions d’euros et exporté nos produits dans 34 pays, ce qui représente une belle performance.

Comment avez-vous géré la hausse des cours du bois qui agite la filière depuis plusieurs mois ?

On est inquiet de cette augmentation historique sachant que, lors des premières ventes de la rentrée, les cours du chêne ont atteint des prix jamais vus. Tout le monde veut refaire ses stocks et tous les acteurs, nationaux comme internationaux, sont très demandeurs. Pour l’instant, on a répercuté ces hausses sur nos prix de vente car le contexte était plutôt favorable pour le faire. Les gens veulent sécuriser leurs approvisionnements quoiqu’il en coûte. Mais à un moment, le marché ne pourra plus absorber tous les prix. Le consommateur final a une limite qu’il ne veut pas dépasser sinon il se tournera vers d’autres solutions ou d’autres matériaux moins onéreux.

Qu’en est-il des tensions sur les approvisionnements ? Comment mieux les sécuriser ?

L’année 2020 s’est plutôt bien déroulée en dépit du contexte sanitaire car tout le monde était attentiste faute de visibilité. En revanche, depuis le début de l’année 2021, on transpire un peu pour s’approvisionner ! Pour sécuriser les approvisionnements, et limiter l’export de masse, une piste pourrait être d’étendre à la forêt privée le label UE qui fonctionne très bien dans la forêt publique. Aujourd’hui, certains propriétaires forestiers ont une vision à trop courts termes en vendant leurs bois au plus offrant. Mais le grand export peut s’arrêter du jour au lendemain et, si cela se produit, ces  propriétaires auront besoin d’une filière sur place pour exploiter tous leurs bois. Sachant qu’écologiquement parlant l’export lointain est un désastre pour la planète. Je pense d’ailleurs que la pression sociétale sera en mesure de faire changer tout ça. Quand la société s’empare d’un problème, les choses s’accélèrent. Mais attention à ce que ça ne soit pas au détriment de la filière bois.

Sur quoi porteront les prochains investissements et les axes de développement au sein du groupe Ducerf ?

Nous concentrerons notre politique d’investissements sur l’automatisation et la mécanisation de tous nos ateliers. Cette automatisation est nécessaire pour améliorer et optimiser les conditions de travail, d’autant qu’on n’arrive plus à attirer les gens vers nos métiers. Grâce à l’automatisation et à la mécanisation, les taches plus difficiles ou les plus répétitives seront confiées à des machines, tandis que les opérateurs seront en charge de métiers plus attrayants, plus qualifiés à l’image d’un conducteur de ligne. De plus, l’œil humain restera indispensable à certains postes clés et notamment pour le chêne où seul un œil expérimenté peut trier la quintessence du produit. Un autre axe de développement portera sur l’attractivité de notre entreprise avec la mise en place d’une politique de ressources humaines plus ambitieuse avec un travail à mener sur le bien-être de nos salariés. Aujourd’hui il faut être au top, viser l’excellence pour capter les candidats à l’embauche et surtout les fidéliser. Enfin, nous travaillons également autour de la revalorisation des connexes issus de la 1e et de la 2e transformation en cherchant des débouchés plus optimaux qu’aujourd’hui puisque la moitié des volumes part toujours à la benne !

Promis à un bel avenir, le bois construction fait majoritairement appel aux bois résineux. Pensez-vous que son développement passera par de nouveaux usages pour les feuillus ?

Avec ce qui se dessine grâce à la RE 2020, le bois construction à en effet une carte à jouer. Demain, le chêne sera davantage utilisé pour des usages structurels. Surtout, la forêt ne va pas produire plus demain qu’aujourd’hui et, dans le même temps, l’usage du bois va augmenter. Chaque bout de bois va donc avoir sa place et sera mieux valorisé qu’aujourd’hui, notamment dans de nouvelles applications…

Quel message souhaitez-vous faire passer auprès des professionnels de la filière ?

Malgré un contexte incertain entre le réchauffement climatique, une filière bois décriée par une petite partie de l’opinion publique, les attaques d’insectes sur certaines essences, ou les difficultés de recrutement, il faut être optimiste et avancer de manière ambitieuse car il y a vraiment un bel horizon pour la filière. Les débouchés sont là. à nous de savoir nous adapter. Je suis convaincu qu’il y a de belles choses devant nous !

Propos recueillis par Adèle Cazier